Sabine Alary : « Nous avons besoin d’être écoutés par les obtenteurs et les sélectionneurs d'abricot »

Sabine Alary est la présidente de la Section interprofessionnelle de première mise en marché (SIPMM) abricot.
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La SIPMM abricot regroupe les premiers metteurs en marché français d’abricot. Vous êtes donc en prise directe avec la distribution. Quels sont les critères d’une variété facile à vendre ?
Son goût ! C’est le critère n°1. Une variété doit avoir un bon équilibre sucre-acidité et elle doit posséder des arômes. Toutes les variétés mises sur le marché devraient être bonnes à manger du début jusqu’à la fin de campagne. Si un consommateur commence par un abricot fade, il ne reviendra pas en acheter avant plusieurs semaines. La précocité ne peut pas être une excuse à la mise en marché d’abricots sans saveur. Le producteur aussi ne trouvera du sens à son métier que si ses variétés ont du goût, même en début de saison. Le second critère primordial pour nos clients et pour nous est la tenue en rayon et la praticité de conditionnement. L’Allemagne, qui est un gros marché, demande de plus en plus de livraisons dans des conditionnements spécifiques. Selon leur forme, toutes les variétés ne sont pas aussi facilement "conditionnables". Ensuite, nous voulons des variétés résistantes aux maladies. Une nécessité pour nos producteurs et une demande de nos clients. L’autofertilité est le quatrième critère à souligner. Lorsqu’une variété non autofertile est plantée, il faut aussi planter des variétés pollinisatrices. Et les fruits de ces dernières devront aussi être commercialisés.
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Quels leviers d’actions ont les premiers metteurs en marché pour favoriser les variétés faciles à vendre ?
Nous faisons nos propres préconisations variétales auprès de nos producteurs. Des préconisations selon nos retours clients, mais aussi selon leurs comportements au champ. Nous faisons appel à des techniciens privés pour faires des essais variétaux chez des agriculteurs privés sur des surfaces plus importantes que dans les stations d’expérimentation. En poursuivant les observations sur plus de cinq ans, on observe parfois de fortes mortalités chez certaines variétés, c’est le cas chez Lady cotcov, ou encore la dégénérescence des arbres qui donnent alors de petits fruits. Mais certains producteurs plantent des variétés non préconisées par leur metteur en marché. Ils sont notamment orientés dans leur choix par les obtenteurs. Or, nous ne pouvons pas refuser à nos producteurs de vendre leurs variétés. Nous nous retrouvons donc avec des variétés dont nos clients ne veulent pas. Or en zone de montagne, une variété se plante pour 10 à 15 ans. Ce fut le cas pour Kiotocov . Cela fait cinq ans que nous disons qu’il ne faut pas la préconiser en plantation à grande échelle car nos clients n’apprécient pas son goût.
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Quelles seraient les améliorations à apporter au système de sélection et d’évaluation variétales français pour faciliter la vente des abricots ?
De l’écoute et du temps ! Un dialogue doit s’ouvrir entre tous les acteurs de la filière abricot : obtenteurs, évaluateurs des variétés du réseau d’expérimentation, producteurs, metteurs en marché et distributeurs. En tant que metteur en marché, nous ne nous sentons pas écoutés, ni par les obtenteurs, ni par le réseau d’évaluation des variétés. Il y a une inertie entre nos remontées du potentiel commercial de chaque variété et l’arrêt de leur préconisation. Nos savoir-faire dans le travail des variétés ne sont pas pris en compte dans le travail de sélection actuel. Nous avons appris à travailler certaines variétés. Bergeval® et Bergarouge® ont été compliquées à commercialiser au début, avec des défauts qui apparaissaient après une mise en frigo, mais nous savons maintenant comment résoudre ces problèmes. Nous avons besoin de plus de critères d'évaluation pour une sélection plus drastique. Ainsi le nombre de variétés plantées pourrait diminuer. C'est une attente forte de la part de la distribution. Nous avons besoin de plus de temps entre l’évaluation d’une variété et sa mise en marché. Nos clients connaissent les dernières variétés d’abricots en évaluation. Ils sont demandeurs de variétés qui viennent à peine d’être plantées. Or nous n’avons alors pas assez de recul. Il faut des observations sur au minimum cinq ans pour connaître la durabilité au champ d’une variété.
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