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Punaise diabolique : quelles sont les pistes de lutte ?

Des stratégies de lutte contre Halyomorpha halys sont étudiées afin de limiter les dégâts de cette espèce de punaise. Ceux-ci sont en augmentation ces dernières années sur plusieurs espèces fruitières. [article rédigé par Pauline De Deus]

Les filets mono-rang alt’carpo et mono-parcelle paragrêle en toiture sont très efficaces contre les punaises diaboliques.
Les filets mono-rang alt’carpo et mono-parcelle paragrêle en toiture sont très efficaces contre les punaises diaboliques.
© J-C. Streito

En 2021 et 2022, le syndicat des fruits de Savoie a comparé plusieurs stratégies de lutte contre la punaise diabolique Halyomorpha halys. « Ce qui marche très bien, ce sont les filets mono-rang alt’carpo et mono-parcelle paragrêle en toiture », explique Nicolas Drouzy, conseiller technique du syndicat. Le filet doit toutefois être fermé de bas en haut, sans laisser de trou au niveau des troncs, pour limiter le passage des larves. Enfin, il faut aussi les fermer au bon moment, et pour cela le piégeage est nécessaire.

Quatre pièges ont été testés lors de ces essais : Shindo, Diablex, Koppert et AG Bio. D’après les données collectées par Nicolas Drouzy, le Diablex présente une meilleure efficacité à tous les stades (larvaires et adultes). Pour fonctionner, ils doivent toutefois être doublés de phéromones d’attraction. Là encore, plusieurs phéromones ont été comparées (Rescue, Bioprox, Progarein, Trece, Koppert) et d’après le conseiller, c’est le couple Diablex + Trece qui présente le taux de piégeage le plus important, notamment pour les jeunes larves (stade 2 et 3), de fin avril à mi-juin.

Le piégeage massif est contre-productif

Le conseiller recommande toutefois de limiter le nombre de pièges et de les utiliser comme méthode de détection des individus et de leur cycle biologique. Les essais ont montré que le piégeage massif était contre-productif : 15 % de dégâts étaient observés dans les vergers sans piège, contre 35 % dans les vergers où une stratégie de piégeage massif était déployée. « C’est le triptyque verger, piège, phéromone qui fait l’attraction », souligne Nicolas Drouzy. Autrement dit, plus le piège sera éloigné du verger moins il sera efficace, mais les pièges au sein des vergers vont générer des dégâts supplémentaires.

« Il faut trouver le bon équilibre entre la proximité et les dégâts qu’on accepte », ajoute le conseiller. L’idéal est d’installer le dispositif sur un poteau indépendant à une dizaine de mètres du verger (le rayon d’action des pièges étant de 50 mètres). Une fois les larves détectées, une lutte chimique peut être déployée pour éviter les dégâts liés à la première génération sous le filet. Dans les vieux vergers où la mise en place de filets est impossible, cette stratégie permet de maintenir les rendements malgré la présence du ravageur sur la zone.

Confirm doit être expérimenté

Le syndicat des fruits de Savoie a mené des essais avec le seul produit homologué en France, le Decis Protech. Une seule application a montré une efficacité de 60 % et jusqu’à 80 % avec deux passages. Problème : il s’agit d’un insecticide à large spectre qui peut affecter également les auxiliaires, risquant de faire réapparaître des ravageurs jusque-là maîtrisés. Outre le Decis protech, le Confirm a reçu une dérogation l’année dernière. « Il a besoin d’être expérimenté », précise Nicolas Drouzy. Il s’agit d’un régulateur de croissance d’insectes qui serait efficace sur les trois premiers stades larvaires de la punaise.

Enfin, des solutions de biocontrôle ont été testées, et notamment un mélange d’huiles essentielles d’ail et de valériane. Cette solution répulsive montre une efficacité, mais plutôt faible : 30 % de dégâts, dont moins de 10 % marqués, contre 35 % de dégâts, dont 20 % marqués sur la parcelle témoin. De plus, cette stratégie demande des passages réguliers, au moins toutes les semaines, et présente un coût important. Malgré ces limites, Nicolas Drouzy rappelle que face aux ravageurs « la lutte doit forcément être combinée ». Et d’ajouter : « Il n’y aura pas de miracle chimique ». Toutefois le conseiller se veut optimiste. De nombreuses alternatives pourraient être développées dans les prochaines années, telles que les méthodes répulsives, olfactives ou vibratoires, ou encore la lutte biologique.

Des dégâts en hausse ces dernières années

Halyomorpha halys a été officiellement identifiée en France en 2013, mais son arrivée est estimée en 2012. « Elle a commencé à se répartir dans différentes composantes du milieu périurbain et sauvage, mais il lui a fallu un certain temps pour se disperser sur les cultures, indique Alexandre Bout, chercheur Inrae/Institut Sophia Agrobiotech. Ces dernières années, on observe une augmentation des dégâts, notamment sur la filière noisette, avec qui nous avons beaucoup travaillé, mais aussi sur les filières pomme, poire et kiwi… On m’a également parlé de dégâts sur les cerises ou la vigne. »

Les punaises passent par cinq stades larvaires

Au cours de la saison, la punaise migre d’une culture à l’autre en fonction des périodes de maturation des fruits. Elle se reproduit à partir du mois de juin et pond une trentaine d’œufs blanchâtres regroupés, plusieurs fois par an. L’éclosion a lieu trois à six jours plus tard. Avant l’âge adulte, les punaises passent par cinq stades larvaires. Durant les deux premiers stades, elles sont peu mobiles, mais elles peuvent ensuite se déplacer et grimper rapidement à plusieurs mètres de hauteur. À l’âge adulte, elles volent et peuvent parcourir jusqu’à 2 kilomètres par jour. À l’automne, H. halys se prépare à hiverner dans les forêts (crevasses sèches, arbres morts, etc.) mais aussi dans les infrastructures humaines (bâtiments, maisons, véhicules…).

Rédaction Réussir

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