Poireau : les variétés face aux bioagresseurs
Avec la généralisation des hybrides et leurs atouts en termes de rendement, homogénéité et facilité d'épluchage, les critères de tolérance aux bioagresseurs deviennent plus déterminants dans les choix variétaux.
Avec la généralisation des hybrides et leurs atouts en termes de rendement, homogénéité et facilité d'épluchage, les critères de tolérance aux bioagresseurs deviennent plus déterminants dans les choix variétaux.








Par rapport à d'autres espèces, l'offre variétale en poireau est relativement satisfaisante pour les producteurs. Et alors qu'il y a dix ans, les hybrides ne représentaient selon les bassins que 50 à 70 % des poireaux cultivés, leur part atteint aujourd'hui 95 à 100 % dans tous les bassins. « Les hybrides se sont généralisés pour leurs avantages en termes de rendement, homogénéité et facilité d’épluchage, constate Patrick Groualle, animateur de l'AOPn Poireau de France. Ils ont notamment permis une augmentation d'environ 10 t/ha du rendement et beaucoup amélioré la facilité d'épluchage ». Les variétés populations, qui disparaissent peu à peu des catalogues, ne sont plus utilisées par certains producteurs que sur les fins d'hiver. « A cette période, il n'y a pas de problème de poids des poireaux, note Jean-Daniel Ferrier, de la chambre d'agriculture de l'Ain. Et comme le marché est plus incertain à cette époque, certains producteurs préfèrent limiter les coûts de mise en place des cultures en faisant le choix de variétés populations ». Des producteurs en agriculture biologique et vente directe utilisent aussi des variétés population pour leur coût de semences, environ cinq fois inférieur à celui des hybrides, et parfois aussi par éthique.
Le rendement comme premier critère de choix
Si les variétés utilisées aujourd'hui sont donc globalement beaucoup plus productives, faciles à éplucher et tolérantes aux bio-agresseurs que par le passé, des différences persistent toutefois entre variétés et amènent les producteurs à se tourner davantage vers certains hybrides que vers d'autres. Une présentation attractive et homogène est un critère de base. Le poireau doit être droit, avec un long fût et une délimitation bien nette entre le vert, qui doit être foncé, vert-bleuté – même si ce critère est parfois moins pris en compte – et le blanc, qui doit être franc. En termes de calibre, l'objectif est en général d'avoir un maximum de poireaux dans la tranche 25-35 mm, voire 30-40 mm, l'homogénéité du calibre étant un peu moins importante en bio. Et pour la vente en botte et en poireau primeur, l'objectif est plutôt de 20-30 mm. Quant à la longueur du fût, elle doit être de 18 à 22 cm pour le frais, pour des raisons de marché et pour pouvoir entrer dans les plateaux, et de 25 cm au moins pour le marché du blanc en barquette ou de la conserve. Même si pour ces critères de calibre et de longueur de fût, les techniques culturales (type et profondeur de plantation, densité, buttage...) sont aussi importantes que le choix variétal. Au-delà de ces caractéristiques de base, le premier critère de choix reste le rendement, déterminé, par une croissance homogène des plants et surtout la densité du fût. « Globalement, les hybrides ont beaucoup amélioré le rendement, constate Philippe Menant, du GPLM. Il reste toutefois encore des variétés qui ne "pèsent" pas ». La facilité d'épluchage est également essentielle, la maîtrise de ce poste, qui représente 50 % du coût total de main-d’oeuvre, affecte directement les coûts de production d’un produit pour lequel les marges sont faibles. « Et il peut y avoir des différences importantes entre variétés, constate Florence Couloumies, du Pôle Légumes Région Nord. Selon la variété, un atelier de six-sept personnes peut éplucher une tonne de plus ou de moins par jour ». La facilité d'épluchage passe par des plants dressés, dont toutes les feuilles sont bien coupées lors de la récolte, par le regroupement du chevelu racinaire au centre du plateau racinaire et par des feuilles souples, pas trop épaisses, qui se tirent facilement et sans casser.
La tolérance à la rouille est déterminante
Un autre critère, de plus en plus déterminant, est la tolérance aux bio-agresseurs. Si aucune résistance génétique n'existe, des différences de comportement sont en effet constatées entre variétés. La tolérance à la rouille, qui peut entraîner une baisse de rendement de 20 % et altère la présentation du poireau, est de plus en plus déterminante, hormis en poireau primeur. Des différences importantes de comportement à la rouille avaient été mises en évidence en 2014 par le Pôle Légumes Région Nord. Et les nouvelles variétés en cours d'introduction ou de développement présentent pour la majorité une bonne tolérance à cette maladie. Une bonne tolérance à d'autres champignons qui altèrent la présentation du poireau et peuvent baisser le rendement est également un critère de choix. Les différences entre variétés sont parfois très nettes : le mildiou, plus rare que la rouille mais qui peut causer beaucoup de dégâts à certaines périodes, l'alternaria, pour lequel il y a globalement eu de gros progrès grâce aux hybrides, le stemphylium, la fusariose, le botrytis. Enfin, s'il n'existe pas de tolérance au thrips, certaines variétés, du fait peut-être de leur couleur, marquent plus ou moins les décolorations du feuillage liées aux piqûres de thrips.
De plus en plus, les conseillers dans leurs préconisations variétales, mettent donc en avant ces critères de tolérance aux bio-agresseurs qui sont un axe essentiel de sélection aujourd'hui (lire page 46). Enfin, les variétés à port dressé sont recherchées et aujourd'hui quasi-généralisées parmi les hybrides, pour limiter l'exposition aux maladies (feuillage qui se ressuie plus vite, pas de feuille au sol, pas de cassures de feuilles qui sont des portes d'entrée pour les maladies) et pour faciliter le binage, le buttage et la récolte (meilleure préhension). Globalement, les semenciers proposent aujourd'hui des variétés répondant très bien aux critères de rendement, homogénéité, calibre et longueur de fût, facilité d'épluchage. Et les nouvelles variétés proposées apportent encore des améliorations par rapport notamment à la tolérance aux bio-agresseurs.
Une croissance rapide même en hiver
JEAN-DANIEL FERRIER, chambre d’agriculture de l’Ain
« La rapidité de croissance de la culture est importante. Une croissance rapide implique moins d’eau et de minéraux à apporter et surtout une durée de protection moins longue. De plus, une plante qui pousse vite a en général un système racinaire bien développé, qui prospecte bien le sol et permet une bonne alimentation en eau et minéraux. Grâce aux hybrides, les cycles de production sont de plus en plus courts. En dix ans ans, il y a eu gain de un mois sur le cycle de production. Il y a encore des différences entres variétés mais moins marquées qu’avant ».
Des critères qui varient selon la destination
PHILIPPE MENANT, GPLM (50)
« Les critères de choix variétaux varient selon les opérateurs, notamment selon que le poireau est vendu surtout entier ou surtout en fûts. Pour la commercialisation en fûts, les atteintes du feuillages liées aux bio-agresseurs ne sont pas graves. La longueur de fût est beaucoup plus importante ».
La tolérance aux maladies est encore plus essentielle en bio
JEAN-PHILIPPE STIEN, Terres de Saint-Malo
« La tolérance aux bio-agresseurs est importante en conventionnel car elle permet d’alléger le programme de protection. Mais elle est encore plus essentielle en bio. Or, à Terres de Saint-Malo, il y a déjà près de 20 % des surfaces en bio. Et d’ici à deux-trois ans, cette part atteindra 30 %. Les critères de tolérances aux bio-agresseurs sont donc de plus en plus déterminants ».
La facilité d’épluchage est devenue un critère déterminant
CHRISTOPHE FLEURANCE, chambre d’agriculture Loir-et-Cher
« Depuis quelques années, la facilité d’épluchage est devenue le critère de choix variétal le plus important. Cette facilité d’épluchage a globalement beaucoup progressé grâce aux hybrides. Par rapport aux anciennes variétés, il y a eu un gain de 20 % à 50 % du temps à y passer. Mais il y a encore de grosses différences entre les variétés ».
Adaptation au créneau de production
Un critère essentiel est l’adaptation de la variété à son créneau de production. En précoce, la tolérance à la montaison est déterminante. Pour les variétés d’hiver, la résistance au froid est essentielle dans certaines régions. Et sur les créneaux tardifs, les poireaux doivent pouvoir reprendre du volume en fin d’hiver sans monter à graines, un critère qui fait souvent défaut et qui limite la gamme de variétés sur ce créneau. La rapidité de croissance, même en hiver, la capacité à attendre au champ sont également importantes. Certaines variétés sont plus souples que d’autres. Et, selon les situations, les producteurs peuvent faire le choix de variétés très performantes à une certaine période ou de variétés plus souples d’emploi par rapport à la date de récolte. « Beaucoup d’hybrides aujourd’hui sont des "Formules 1" qui nécessitent un strict respect du planning de récolte, constate Christophe Fleurance, de la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher. D’autres sont un peu moins performantes mais présentent moins de risques par rapport à leur tenue au champ. Assez souvent, les producteurs associent les deux types de variétés ».
Tolérance à la montaison
SERGE MÉVEL, CDDM (44)
« Sur le créneau précoce, les principaux critères de choix sont la tolérance à la montaison, la compacité du fût et un port dressé. Les tolérances aux maladies ne sont pas essentielles. La tolérance au thrips est par contre importante si le printemps est chaud. Il y a aussi un problème croissant de mineuses mais nous n’avons pas observé de différence entre les variétés pour ce problème. La principale variété utilisée en région nantaise est Krypton. Cette variété répond bien aux attentes des producteurs. Le problème, récurrent est qu’il y a toujours de 10 à 15 % de poireaux hors type, qui restent petits. Il serait intéressant d’avoir d’autres variétés sur ce créneau ».
Un manque de variétés pour la fin hiver
FLORENCE COULOMIES, Pôle légumes Région Nord
« Grâce aux hybrides, il y a eu de gros progrès dans l'offre variétale. Il y a maintenant des variétés très tolérantes à la rouille, très faciles à éplucher, bien dressées... Dans le Nord, six à sept variétés se succèdent en général. Et les nouveautés proposées par Nunhems, Bejo, Seminis, Enza Zaden... semblent très prometteuses. Il reste toutefois un manque de variétés tolérantes au froid et à la montaison pour le créneau de mars-avril. Des variétés plus tolérantes au thrips seraient également intéressantes ».
Un fût le plus long possible pour l’industrie
ANTHONY VITRÉ, La Rosée des Champs
« Pour l’industrie, la longueur de fût est un critère essentiel. Il y a maintenant des variétés qui présentent 40 cm de fût. Ces variétés ont en général un feuillage plutôt vert que bleu, ce qui sur le principe ne nous gène pas car nous coupons les feuilles et les racines, mais qui est associé aussi à une plus grande sensibilité au froid. Le choix variétal pour le créneau au-delà de février est donc plus compliqué. Nous regardons aussi les tolérances à la rouille, au thrips, au mildiou, au stemphylium, à l’alternaria, qui peuvent pénaliser le rendement, même si ces critères sont moins importants que pour la production en frais.