Chine : les stars de l'Anhui
En Chine, la fraise a son festival et son congrès. Normal pour un pays qui peut se targuer d’être le premier — et très discret — producteur mondial. Impressions de voyage.
En Chine, la fraise a son festival et son congrès. Normal pour un pays qui peut se targuer d’être le premier — et très discret — producteur mondial. Impressions de voyage.



Dans la province d’Anhui, au centre-ouest de l’Empire du milieu, Changfeng est un des hauts-lieux de la production de fraises en Chine. La FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) indique que la région en a produit quelque 350 000 t en 2016, soit 10 % de la production annuelle nationale estimée à 3,5 millions de tonnes. La toute nouvelle autoroute à huit voies, qui coupe en deux de façon rectiligne le paysage de cette région, a été baptisée par les autochtones « l’avenue des fraises ». A l’occasion du 8ème congrès de la fraise qui s’est tenu dans la ville en février 2017 simultanément avec le 13ème festival chinois de la fraise, cette voie d’accès avait été richement décorée de lampions et de sculptures représentant le fruit.
Le marché intérieur est si conséquent qu'il n'est pas envisagé d'exporter la production
De part et d’autre de la route, le sol est tapissé de tunnels plastique captant et stockant l’énergie solaire. Leur partie arrondie est orientée au sud alors que leur face nord est constituée d’un mur en briques d’argile qui stocke la chaleur le jour avec mission de la restituer la nuit, une fois la bâche enlevée. Ces serres peuvent ainsi économiser une source de chaleur d’appoint jusqu’à une durée d’environ trois jours quand la température descend jusqu’à -10° C en début d’année. Cette contrée n’est pas sans rappeler les régions dédiées à la fraise en Espagne. La plupart des serres appartient à des petites et moyennes exploitations qui proposent leurs fruits parfumés et sans défauts en vente directe dès février le long de la voie rapide. La seule demande de son marché intérieur fait que la Chine ne songe pas à exporter, pour l’instant du moins...
800 variétés proposées à la dégustation
Le goût est actuellement au centre de toutes les attentions des producteurs. C’est pourquoi l’association des producteurs de fraises et l’Académie d’économie agricole et forestière de Pékin (BAAFS), organisatrices des deux manifestations, ont fait des arômes la colonne vertébrale du programme de communications scientifiques du congrès que des intervenants venus des
Pays-Bas, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis ont développé devant un auditoire d’environ un millier de personnes. Ils ont aussi invité les fraisiculteurs à présenter des échantillons. Ainsi, plus de 800 assiettes de fraises ont été regroupées dans une vaste salle. La palette des variétés a étonné par la grande diversité entre taille, forme et couleur des fruits. Les plus étonnantes étaient des espèces de couleur rose et blanche. Une dégustation à l’aveugle a permis à quatre commissions de classer ces échantillons sur des critères d’aspect, de texture et de goût. A la lecture des résultats, il s’est avéré qu’une part non négligeable de ces fraises appartient à l’espèce Bennihoppe. Elle se caractérise par des baies de couleur sombre, à texture moyennement ferme, fortement sucrée, développant un arôme fruité avec des notes florales. Les producteurs comme les consommateurs semblent préférer ce type de variété. Les échantillons de fraises roses et blanches étaient sucrés, moyennement fermes avec des arômes de pêche, de noix de coco, de pomme, de kiwi et d’ananas. Le prix spécial de l’exposition est revenu à la variété Snow white princess, une obtention du professeur Yuntao, de la BAAFS. Il récompense moins la filière de recherche, dont elle est issue, que la préférence des amateurs de fraises chinois pour cette couleur de fruit et ce type d’arôme.
Ces fraises valorisées à l’unité !
Le programme du congrès a été étoffé par la visite d’une entreprise de production de plants, d’une station d’essais et de deux exploitations de la région de Changfeng. La variété Bennihoppe est au centre d’essais variétaux qui s’intéressent à une dizaine d’autres variétés originaires de Chine, de Corée du Sud et du Japon. Plusieurs systèmes de conduite sont répandus sous serre : culture sur buttes en terre, culture suspendue sur substrat ou alimentée par une solution nutritive. La pollinisation est confiée aux abeilles. Aucun détail n’a été donné sur la protection phytosanitaire… mais des pulvérisateurs ainsi que des « plantes relais » de prédateurs seraient présents dans les serres. Les fraises sont destinées à un approvisionnement local ou la métropole de Beijing (Pékin) où elles sont vendues à travers une structure commerciale propre. Si une partie de la production est proposée en vrac dans des corbeilles sur les marchés locaux, les vendeurs en direct, ainsi que les plus grandes exploitations s’efforcent de mettre leur production en valeur en soignant son aspect extérieur et la présentation, en plus de vanter les qualités gustatives. Les gros calibres en particulier sont proposés dans des boîtes et emballages cadeaux. En vente directe, le consommateur a la possibilité de choisir individuellement chaque fruit parmi tous ceux disposés sur des espaliers !
Christophe Reibel
(1) Detlef Ulrich travaille pour l’Institut fédéral de recherche Julius Kühn (JKI) en Allemagne.
EN CHIFFRES
Chine : 3,5 millions de t de fraises en 2016
District de Changfeng, dans la province d’Anhui :
- 14 330 ha de fraises
- 70 % des fraises vendues à Beijing (Pékin)
- 80 000 familles vivent de la fraise.
Changfeng, l'avant-garde de la fraisiculture chinoise
La fraisiculture a commencé à se développer dans les années 1980 dans le district de Changfeng. Depuis lors, les exploitations n’ont cessé de s’élargir. Aujourd’hui, c’est la plus grande région fraisicole de Chine. « Près de 80 000 familles, soit à peu près 200 000 personnes sont liées à la fraisiculture, que ce soit dans les exploitations, les coopératives ou les entreprises agricoles », souligne Wei Fascheng, chercheur au centre d’agronomie du district, pour Chinatoday. L’une des raisons de ce développement réside dans la création par ce chercheur d’une nouvelle variété : Jiutian Hingyun. L’autre par une technologie de système de culture des plants-mères différente de celle utilisée au Japon ou en Israël et qui a été brevetée. Cette région est ainsi devenue une avant-garde de la production fraisicole standardisée. En 2006, Changfeng a obtenu le label de zone exemplaire nationale. Puis l’année suivante, les fraises de Changfeng ont obtenu l’appellation d’origine protégée mais aussi l’appelation "marque du terroir" décernée par l’administration nationale du contrôle qualité.
Variétés : l’amour du blanc
Au nord de Beijing, le centre de sélection de la BAAFS dispose de laboratoires analytiques, de chromatographes en phase gazeuse et de spectromètres de masse pour appuyer ses travaux de croisement menés sous serre à énergie solaire. Ils visent à améliorer le rendement, les résistances, l’arôme et la texture des fruits. Ces caractères sont recherchés dans des variétés japonaises, coréennes et sauvages. A côté de variétés de jours courts, le centre travaille les espèces remontantes à partir de génétique venue de Floride. Au sein de cette palette variétale, le visiteur européen a un oeil sur des clones produisant des fruits blancs aux arômes intenses ou une espèce à chair jaune très sucrée, à texture douce et aux arômes exotiques.