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« Du lait avec du foin, de l’herbe et assez peu de concentré »

En Lozère, Patrick Carly et ses 60 chèvres conjuguent productivité laitière et bonne valorisation du lait qui permettent de compenser un coût alimentaire très élevé.

Les Cévennes sont davantage connues pour leur « arbre à pain », le châtaignier, qui recouvre les pentes abruptes que pour leurs prairies verdoyantes. Seules quelques minces bandes le long des rivières sont capables de fournir une véritable production herbagère. Le reste n’est que parcours peu productifs. Patrick Carly élève une soixantaine de chèvres à Moissac-Vallée-Française (Lozère), dans l’une des vallées cévenoles emblématiques. La commune est en zone AOP pélardon. L’éleveur est le président du syndicat caprin de Lozère. Il exploite 40 hectares dont 4 hectares de prairies permanentes, qui sont hélas régulièrement défoncées par des sangliers. « Nous perdons de la qualité et de la quantité d’herbage, se désole l’éleveur. Je ne mets pas d’engrais parce qu’il ne serait pas valorisé. » La PAC (Natura 2000 et prairies sensibles) n’autorise pas la remise en culture. Seuls des rechargements en graines fourragères sont possibles. Ce qui n’encourage pas à l’amélioration fourragère alors que la surface manque tant. Ces prairies sont exploitées en pâture. Les parcours offrent des ressources au printemps et à l’automne : herbe, broussailles et châtaignes. Ils sont pâturés en gardiennage. La totalité du foin pour nourrir les 61 chèvres et 20 chevrettes, dont une bonne part de luzerne, est achetée.

L’alimentation coûte cher

Le bilan Cap’Tec est le reflet de cette faible autonomie alimentaire. En 2017, l’éleveur a distribué 837 kilos de foin et 296 kilos de concentré par chèvre, qui représentent respectivement un coût de 274 € et 119 € par mille litres de lait. En y ajoutant les aliments minéraux et la poudre de lait, le coût alimentaire s’élève à 453 €/1 000 litres. L’alimentation coûte cher : « Les chèvres produisent du lait avec du foin, de l’herbe et assez peu de concentré, observe néanmoins Françoise Bouillon, conseillère caprins à la chambre d’agriculture de Lozère. On valorise la fonction première de la chèvre qui est d’être un ruminant. Le concentré ne dépasse pas 1 kg pour une production par chèvre supérieure à 800 litres. » En 2017, suite à un accident sanitaire, l’élevage a produit moins de lait (47 000 litres). Mais, en 2018, il a retrouvé son niveau habituel (53 000 litres soit 840 litres/chèvre). L’achat du foin a une contrepartie positive : il est de bonne qualité, contrairement aux foins récoltés localement, qui sont fauchés trop tard. L’AOP interdit les fourrages humides mais la précocité du climat obligerait à faucher dès le début de mai, à une période où la pluviométrie de le permet pas.

Dix mille kilomètres par an pour commercialiser les fromages

La totalité du lait est transformée en fromages, principalement du pélardon. En 2017, malgré des soucis sanitaires qui ont engendré des pertes de chèvres et une baisse sensible de la production à partir de la fin du printemps, le produit total s’est bien maintenu car le lait a été mieux valorisé que l’année précédente (2,17 €/litre contre 1,82 €). En revanche, les charges d’élevage ont été affectées (200 €/chèvre au lieu de 162 €) par une explosion des frais vétérinaires (76 €/chèvre contre 47 €). Dans ces charges également, des frais de reproduction assez importants et des achats des chèvres pour pallier les mortalités (21 €/chèvre). L’insémination artificielle est utilisée sur une petite moitié du cheptel (25 chèvres). L’élevage est adhérent à Capgènes. Les mises bas démarrent au 20 janvier. Les cotisations, liées notamment à l’AOP, représentent 21 €/chèvre et les achats de paille 23 €. Pour parvenir à la marge brute, il faut encore soustraire les charges de transformation et de commercialisation (163 €/chèvre). Ces dernières (98 €/chèvre) sont plus importantes que dans d’autres régions. « Nous faisons plus de déplacements pour vendre nos fromages que des éleveurs situés dans des bassins de consommation plus denses ou dans des régions où il y a du tourisme toute l’année », explique Patrick Carly. Il fait deux tournées par semaine et parcourt 10 000 km par an pour vendre ses fromages. En revanche, il fait peu d’expéditions, qui engendrent aussi des coûts très élevés. La marge brute de l’élevage s’élève à 986 €/chèvre ou 1 283 €/mille litres de lait. « Malgré des conditions de production très difficiles, les éleveurs s’en sortent et participent au maintien d’un territoire fragile », constate Françoise Bouillon.

« Faire des Cap’Tec pour abonder le référentiel »

« Cap’Tec donne une photo intéressante des résultats de l’atelier caprin, note Françoise Bouillon. Mais, il faut aller plus loin et bien analyser les chiffres avec les éleveurs. » Expliquer les évolutions d’une année à l’autre et situer les chiffres par rapport à un référentiel. Vu du fin fond des Cévennes, il faut reconnaître que la comparaison n’est pas facile. La conseillère a confronté les données de Patrick Carly à celles du groupe des producteurs fermiers de l’Ouest, du Centre et d’Occitanie en système foin. La comparaison fait bien ressortir la productivité du cheptel (18 % de lait en plus/chèvre), le coût élevé des charges d’alimentation (+ 99 %) et une marge brute légèrement en retrait. Mais, au-delà du constat, difficile d’en déduire des marges de progrès tant les conditions de production sont particulières dans la vallée cévenole. « Il faudrait avoir plus de données par région pour pouvoir comparer ce qui est comparable, suggère la conseillère. C’est à nous de faire des Cap’Tec pour abonder le référentiel. » Cap’Tec est aussi un bon support pour animer des réunions départementales de producteurs, chacun pouvant expliquer à ses collègues comment il s’y prend pour avoir de bons résultats dans tel ou tel domaine. Cette analyse technico-économique de groupe est à l’origine d’un projet de séchage collectif et mobile de foin en balles rondes. S’il aboutit, il permettra aux éleveurs qui en produisent d’améliorer la qualité du foin pour baisser les charges d’alimentation. Restera à trouver une solution pour repousser les sangliers.

Chiffres clés

4 ha de SAU et 36 ha de parcours
61 chèvres et 20 chevrettes
46 900 litres de lait produit en 2017, soit 770 litres/chèvre
2 172 €/1 000 l de valorisation du lait
348 €/1 000 l de coût alimentaire
1 283 €/1 000 l de marge brute

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