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Production laitière
Les éleveurs condamnent l’attitude suicidaire des entreprises

Alors que le marché mondial des produits laitiers est très porteur, les prix payés aux producteurs ne suivent pas. Le point avec Yannick Fialip, président de la section régionale laitière.

Yannick Fialip
Yannick Fialip
© ©DR

En octobre dernier, les indicateurs interprofessionnels laissaient présager un prix moyen des mille litre de lait en hausse de près de 30 euros en 2013 par rapport à l’année passée. Qu’en est-il réellement ?
Yannick Fialip : Le marché mondial est effectivement très porteur sur les produits industriels. La Russie et l’Asie sont par ailleurs très demandeurs de fromages. En Europe, le prix du lait est en forte augmentation. Les producteurs allemands et hollandais vont obtenir un prix de base de 360 euros les 1 000 litres. Légitimement, les producteurs français s’attendent donc à être payés dans cette fourchette de prix.

Et ce n’est pas le cas ?
Y.F. : Les entreprises refusent de revaloriser le prix du lait. Elles ne respectent pas les indicateurs diffusés par l’interprofession qui sert de base de calcul dans la négociation avec les producteurs. La plus grosse entreprise française qui collecte du lait pour des marchés valorisants, Lactalis, a annoncé depuis le début de l’année, qu’elle ne respecterait pas les indicateurs interprofessionnels. En tant que producteur, je me demande si cette entreprise n’est pas devenue un boulet pour la filière. Ce sont aujourd’hui, les producteurs français qui permettent à Lactalis son expansion au niveau mondial. Par ricochet, d’autres entreprises telles que Sodiaal, Bongrain ou Danone, ont révisé leur prix à la baisse.

Dans ce contexte, quel devrait être le niveau du prix de base ?
Y.F. : Au final, le prix de base devrait atteindre à peine 340 euros les mille litres. Ramener à la hausse des charges et au temps de travail passé (traite deux fois par jour, les week-ends et les jours fériés), ce n’est pas suffisant. La revalorisation est légitime au regard de la situation du marché, c’est pourquoi nous espérons que les choses évoluent dans le bon sens rapidement.

Par quels moyens ?
Y.F. : Les producteurs devront d’abord interpeller individuellement leurs responsables d’entreprises. A la fin de l’année, un bilan de l’ensemble des prix pratiqués par l’entreprise sera réalisé, et le manque à gagner des producteurs par rapport au prix d’objectif sera refacturé à l’entreprise. Enfin, nous allons saisir le médiateur des relations commerciales, au titre du non respect par les entreprises d’une partie du contrat. Et s’il faut aller en justice pour obtenir gain de cause, et bien, nous irons. Au même titre que nous n’excluons pas de bloquer un certain nombre d’entreprises, si elles s’entêtaient dans une stratégie, que nous avons parfois du mal à saisir.
Les entreprises laitières françaises auraient-elles activé une machine à perdre, se résumant à moins de prix payés aux producteurs, donc à terme, à moins de production, à moins d’outils industriels et à moins d’emplois ? Nous sommes en droit de nous interroger. Les producteurs ont fait pression auprès des GMS en 2013 pour obtenir des hausses de prix et ils seraient les seuls à ne pas en bénéficier ! C’est incompréhensible, les entreprises doivent ouvrir les yeux.
A force de tirer sur la corde, et toujours la même, elles vont finir par hypothéquer l’avenir des producteurs, qui continuent pourtant à parier sur un avenir laitier dans le Massif central. En témoigne, le dynamisme des demandes laitières sur le bassin laitier Auvergne-Limousin avec 60 millions de demandes pour 40 millions de réserve. Cet avenir, les entreprises aussi doivent y croire.


Propos recueillis par Sophie Giraud-Chatenet

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