Rencontre
Entre les syndicats et l'OFB de la Corrèze : des tensions à l'apaisement ?
Dans une salle de la cité administrative de Tulle, ce jeudi 20 mars, Antoine Brousse, Président des Jeunes Agriculteurs de Corrèze, Michel Queille, élu FDSEA, et Emmanuel Lissajoux, Président de la FDSEA 19, prennent place face au directeur de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) de Corrèze, François Marguet et David Dillenschneider, chef de service adjoint de l’office corrézien.
Dans une salle de la cité administrative de Tulle, ce jeudi 20 mars, Antoine Brousse, Président des Jeunes Agriculteurs de Corrèze, Michel Queille, élu FDSEA, et Emmanuel Lissajoux, Président de la FDSEA 19, prennent place face au directeur de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) de Corrèze, François Marguet et David Dillenschneider, chef de service adjoint de l’office corrézien.

L’air est chargé des tensions accumulées ces derniers mois. La rencontre, initialement demandée en janvier après des propos jugés outranciers de la part d’un agent de l’OFB, a été retardée par les élections à la Chambre d’Agriculture. Elle a enfin pu se tenir ce jeudi dernier.
L’enjeu est clair : rétablir un dialogue qui semble aujourd’hui en passe de se rompre, apaiser les crispations et trouver des solutions aux conflits de terrain.
Des interventions mal perçues
L’un des premiers points de friction concerne la manière dont les contrôles sont réalisés. Les syndicats dénoncent des interventions perçues comme intrusives, notamment des visites sur les exploitations sans notification préalable. Antoine Brousse exprime alors le malaise ressenti par de nombreux agriculteurs face aux méthodes employées lors des contrôles de l’OFB.
Michel Queille abonde dans ce sens en indiquant que le problème n’est pas tant le contrôle que la manière dont il est mené. Antoine Brousse et Michel Queille ont également souligné l'escalade des tensions entre les deux parties, appelant à un respect mutuel pour apaiser les relations. Face à ces remarques, le directeur de l’OFB reconnaît la difficulté de certaines situations. Avec seulement quinze agents pour couvrir l’ensemble du département, les contrôles doivent parfois être menés rapidement et sans forcément connaître en détail la propriété concernée. Ainsi, le manque de personnel et la multiplication des missions sont, d’après Monsieur Marguer, une réalité qui complique les échanges avec les agriculteurs.
Des revendications sur la transparence des contrôles
Outre la méthode des interventions, les syndicats soulèvent également le manque de clarté sur les contrôles effectués et les suites qui leur sont données. Les agriculteurs dénoncent un manque de clarté dans les contrôles, notamment dans la rédaction des rapports et l’interprétation des constats. Ils réclament des échanges plus fluides et une meilleure accessibilité aux conclusions des inspections, afin d’éviter tout malentendu ou sentiment d’injustice.
L’OFB se montre ouverte à des améliorations en ce sens, reconnaissant qu’un travail doit être fait pour renforcer la confiance mutuelle et éviter des tensions inutiles.
Un climat alourdi par la question du port d’armes
Parmi les sujets les plus sensibles abordés lors de la réunion, celui du port d'armes des agents de l'OFB cristallise les tensions. La présence d'armes lors de contrôles sur les exploitations alimente la défiance et exacerbe les crispations.
Du côté des agriculteurs, cette militarisation du contrôle est incomprise et mal acceptée, renforçant le sentiment d'être considérés comme des adversaires plutôt que comme des partenaires.
L'OFB tente d'expliquer que cette mesure répond à une directive nationale et ne relève pas de décisions locales. De plus, ce port d'armes est lié aux multiples missions des agents et n'est pas inhérent aux visites d'exploitations, mais plutôt à d'autres missions telles que la lutte contre le braconnage.
Une justification entendue, mais qui ne suffit pas à apaiser les deux syndicats, qui soutiennent que les agriculteurs ne sont ni des criminels ni des délinquants et que cette présence d'armes contribue à instaurer un climat de défiance ; elle ne fait qu'alimenter les tensions. Cependant, aucune marge de manœuvre n'est possible à ce niveau au vu des missions et de l'organisation de ces missions pour les agents.
La question du loup
Autre sujet de discorde : la gestion du loup en Corrèze. De nombreux agriculteurs estiment que l'OFB joue un rôle trouble dans l'évaluation des attaques sur les troupeaux. Les agriculteurs, excédés par les attaques sur leurs troupeaux, expriment leur frustration face aux délais et aux procédures encadrant la reconnaissance des dommages.
L'OFB rappelle son rôle dans le processus, limité à des constats techniques, tandis que la décision finale relève de la Direction Départementale des Territoires (DDT) à travers son service « environnement ».
Les représentants agricoles demandent toutefois une meilleure coordination entre les services et des délais de réponse plus courts face aux situations d’urgence. Ils ont d’ailleurs rendu ensuite une petite visite à la DDT pour évoquer ce sujet.
Le rôle et les limites de l'OFB
Un point de clarification important a été apporté concernant le rôle de l'OFB au sein du Comité Départemental de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS). L’organisme y siège, mais n’a pas de pouvoir de décision et applique uniquement les directives de l’État.
Concernant les contrôles, il a été noté qu’ils aboutissent majoritairement à un état de "rien à signaler" (RAS). Toutefois, les syndicats demandent plus de transparence et de communication sur les rapports et relevés effectués. L’OFB a déclaré être favorable à cette amélioration et a encouragé les agriculteurs à demander des explications en cas de constat négatif.
Enfin, un rappel important a été fait concernant les rappels à la loi. L’OFB ne dispose plus de cette compétence et doit désormais se limiter à l’avertissement pénal volontaire.
Vers une meilleure coopération ?
Malgré les divergences persistantes, la réunion s'achève sur une demande de rapprochement au moins avec la Chambre d'Agriculture, entité représentant tous les agriculteurs, avec l'objectif d'une coopération sur le fonctionnement afin d'arriver à une meilleure compréhension des réalités du terrain et d'une coordination accrue.
De plus, les JA et la FDSEA ont invité les agents de l'OFB à participer plus régulièrement aux comices agricoles afin de renforcer la communication et la compréhension mutuelle.
Si cette rencontre n'a pas suffi à lever toutes les tensions, elle a permis d'amorcer un dialogue nécessaire et de poser les bases d'une réflexion commune. Reste à voir si les réalités du terrain remontées par les deux syndicats ont été entendues et seront suivies d'effets concrets.