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« Même à 500 mètres d’altitude, nos 50 vaches laitières pâturent dès fin janvier, dans la Loire »

Avec le changement climatique, le pâturage en hiver compense le trou de pâturage en été, estiment les éleveurs du Gaec entre Loire et Rhône, dans la Loire, à 500 mètres d’altitude. Ils préfèrent sortir les vaches plus tôt fin janvier que prolonger le pâturage fin novembre-début décembre.

<em class="placeholder">Benjamin Garel, éleveur et associé sur le Gaec Entre Loire et Rhône, dans la Loire</em>
Benjamin Garel, du Gaec entre Loire et Rhône : « L'hiver dernier, il n'y a eu que quatre jours en février pendant lesquels les vaches ne sont pas du tout sorties à cause de la neige.»
© B. Garel

« Depuis de nombreuses années, mon père faisait sortir les vaches certains jours d’hiver. Mais cela fait vraiment deux ans que nous mettons en place un vrai pâturage hivernal », avance Benjamin Garel, un des trois associés du Gaec entre Loire et Rhône, à Saint Martin Lestra, à 500 mètres d’altitude dans le département de la Loire. Le changement climatique, avec des hivers moins rigoureux, a permis cette évolution. Et les sols sablonneux, portants, permettent de pâturer l’hiver sans abîmer les prairies. Le Gaec dispose de 44 hectares accessibles pour ses 50 vaches laitières en agriculture biologique.

Zéro sortie de fin novembre à fin janvier

Les hivers restent rigoureux, avec un arrêt de la pousse de l’herbe durant une partie de l’hiver. « Nos vaches ne sortent pas durant deux mois environ, entre fin novembre et fin janvier », relate Benjamin Garel.

Avec des journées de plus en plus douces, il y a plus de pousse d’herbe entre le 1er novembre et fin février, qu’il y a dix ou quinze ans. « Sur l’hiver 2023-2024, la pousse de l’herbe a été en moyenne de 12 kilos de matière sèche par hectare et par jour, d’après les mesures des éleveurs de la plaine et de la vallée du Rhône. C’est 7 kilos de plus par rapport à la moyenne des quatorze dernières années, soit 0,8 t MS d’herbe par hectare en plus sur la période », chiffre Jean-Pierre Manteaux, de la chambre d’agriculture de la Drôme.

Lire aussi « En Rhône-Alpes, des petits paddocks pour allonger le temps de retour »

Quatre mois de repos par paddock

Pour aller chercher cette herbe sans abîmer les prairies par du piétinement et du surpâturage, le Gaec anticipe très précocement le premier tour de pâturage de l’année. Ce tour de déprimage démarre fin janvier et va durer environ deux mois et demi pour passer sur les 44 hectares. Ainsi, chaque parcelle d’herbe bénéficie d’environ quatre mois de repos hivernal. « Si le tour de pâturage se termine fin novembre sur la parcelle n° 1, il reprendra fin janvier sur la parcelle n° 2, et les vaches ne reviendront pas sur la parcelle n° 1 avant début avril », illustre Benjamin Garel.

« Sortir nos vaches dès fin janvier est plus profitable que les faire rentrer tard en automne car les prairies sont déjà très humides fin novembre. Fin janvier, elles pâturent un stock sur pied : entre 5 et 6,2 cm de hauteur d’herbe en entrée de parcelle. En outre, sur novembre et décembre, nous avons beaucoup de travail avec notre atelier de canards gras. Nous préférons simplifier le travail, avec seulement la ration à préparer et à distribuer, sans fil ni animaux à déplacer. »

2 à 4 heures par jour dans des petits paddocks

Les 44 hectares accessibles sont découpés en 30 parcelles et les éleveurs peuvent délimiter au fil des paddocks de 0,5 hectare par jour de pâturage. En hiver, les vaches sortent l’après-midi durant deux à quatre heures, selon la quantité d’herbe et la météo. « Le point fondamental est que les vaches ne restent pas longtemps au même endroit. Sortir deux à quatre heures par jour et changer chaque jour de petits paddocks permet cela. »

Les premières parcelles déprimées sont celles où il y a le plus de stock sur pied. « Le gros avantage est qu’en cette saison, les vaches sont très gourmandes de cette herbe fraîche et qu’elles mangent donc très bien les touffes de brome et de dactyle : elles nettoient vraiment la parcelle et limitent ainsi les refus par la suite. »

 

<em class="placeholder">herbomètre pour mesurer les hauteurs d&#039;herbe</em>
La pousse de l'herbe durant l'hiver 2023-2024 a été d'environ 12 kilos de matière sèche par hectare et par jour. © B. Garel

Les repères des éleveurs sont une hauteur d’herbe en entrée de parcelle de 5 à 6 cm, et en sortie de parcelle, la hauteur d’herbe est de 2 à 3 cm fin janvier et février. « Même pâturée très ras, l’herbe repart très bien dès les premiers redoux. »

La difficulté au Gaec, c’est que beaucoup de chemins sont anciens et en terre. « Pour les laisser se réessuyer, il arrive que nous matérialisions un autre chemin avec des fils au milieu d’une parcelle. »

Des économies d’alimentation et plus de lait produit

Même quand les éleveurs font pâturer deux à trois heures, les quantités de ration distribuées sont réduites, surtout l’ensilage d’herbe. « À partir des mesures de hauteur d’herbe, il a été calculé qu’elles ingèrent entre 2 et 2,5 kg MS d’herbe par vache et par jour, pointe Benjamin Garel. Nous adaptons aussi en fonction de ce qui reste au cornadis. De fin janvier à mi-mars, cette réduction de la ration représente une économie d’environ 11 t MS, soit environ 1 700 euros. »

Cette économie ne se fait pas au détriment de la production laitière. « Au contraire, nous gagnons près de 2 litres de lait par vache et par jour, par rapport à la ration hivernale sans pâturage. Car cette herbe est de qualité. »

Augmenter la quantité d’herbe pâturée ingérée sur l’année

Un des avantages du déprimage très précoce est que les éleveurs conservent le décalage de pousse entre les parcelles qu’ils ont créées l’année précédente. « Lâcher tôt permet aussi de faire pâturer davantage sur l’année et de lisser la transition alimentaire en augmentant la quantité d’herbe fraîche ingérée en fonction de la pousse. Cette année 2024 est exceptionnelle, fin septembre nous arrivons déjà à 3 tonnes de matière sèche ingérées à la pâture. »

Fiche élevage

50 vaches prim’Holstein, croisées et brune, à 5 500 l/VL/an

15 l/VL/j en décembre et 18,5 l/VL/j en février

92 ha de prairie, dont 44 ha de prairies accessibles pour les vaches

Ration hivernale

Sans herbe pâturée :

3,3 kg MS d’ensilage de maïs ensilage et de sorgho

12 kg MS d’ensilage d’herbe

1,5 kg de céréales

1,5 kg d’une VL à 18 % de MAT

Avec herbe pâturée :

2,5 kg MS d’ensilage de maïs ensilage et de sorgho

4 kg MS d’ensilage d’herbe

1,5 kg de céréales

1,5 kg de VL

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