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« Je délègue une partie de mon travail d’éleveur laitier à l’intelligence artificielle »

Dans le Morbihan, Sylvain Rio a installé des caméras intelligentes. Avec les promesses de l’intelligence artificielle, il espère pouvoir lui déléguer une partie du traitement des données et des prises de décision.

« Si l’intelligence artificielle s’améliore, comme ils le promettent, cela va réduire considérablement la charge mentale et je pourrais lui déléguer une partie de mes tâches, ambitionne Sylvain Rio, éleveur morbihannais, très enthousiaste pour l'avenir. Mais déjà, aujourd'hui, je suis très content de la façon dont cela fonctionne. »

Se libérer de la charge mentale

 
bâtiment d'élevage équipé de caméras intelligentes
© S. Rio

Pendant quelques mois, il garde ses boucles de monitoring alors qu’il a déjà fait installer des caméras intelligentes dans son bâtiment. « Parfois, ce sont les caméras, parfois les boucles qui détectent les chaleurs en premier, c’est vraiment moitié-moitié », témoigne-t-il. Les deux technologies se révèlent aussi performantes l'une que l'autre pour la détection des chaleurs.

Avec les caméras, la vache détectée en chaleurs est marquée d’une barre rouge. « En cliquant dessus, un système de tracking de cette vache se met en place et je peux revenir en arrière pour voir exactement ce qu’il s’est passé », apprécie-t-il.

L’intelligence artificielle plutôt qu’un salarié

 
caméras intelligentes installées en stabulation laitière
Huit caméras intelligentes ont été installées pour suivre le troupeau de 155 laitières. © S. Rio

En mode « beta testeur », à chaque alerte, le logiciel lui demande de valider ou non si la vache est bien en chaleurs. « Il est en apprentissage. En validant le choix, il le garde en mémoire et apprend. Un peu comme un salarié finalement, mais qui travaille en continu », glisse Sylvain Rio. Ce suivi est précieux pour l’entreprise qui commercialise la solution, car cela aide l’intelligence artificielle à apprendre et s’améliorer.

« Le côté très intuitif et évolutif de la technologie avec l’intelligence artificielle me plaît. À la fin de l’année, nous allons tester le suivi des boiteries. Je voudrais qu’elle me dise si c’est un panaris, un mal de dos, s’il y a du sang… »

Utiliser la manne de données produites

 
caméras intelligentes installées en stabulation laitière
Huit caméras intelligentes ont été installées pour suivre le troupeau de 115 laitières. © S. Rio

« Entre le robot de traite et le monitoring, nous avons beaucoup de données. Trop de données, parfois je n’y prête plus attention, c’est dommage. » L’intérêt pour l'éleveur est que l’intelligence artificielle intègre ces informations, les analyse, en tire des conclusions ou tout du moins des hypothèses et, dans une forme aboutie, qu’il puisse lui déléguer une partie de la prise de décision, comme appeler le vétérinaire, l'inséminateur ou commander tel ou tel consommable.

Des points de vigilance apparaissent avant une généralisation en ferme. Quid de la gestion des alertes ? « Il n’y a pas encore d’alerte par SMS. » Des animaux au pâturage ? « Pour les génisses qui sont dehors, je vais garder les boucles. » De la reconnaissance fiable des vaches ? Pour mettre en route les caméras, le logiciel récupère les données du robot. Il associe la robe de la vache qui sort à son numéro. « J’en ai deux qui se ressemblent beaucoup. L’intelligence artificielle a du mal à les différencier. Je ne la blâme pas, moi-même je dois regarder une petite tâche blanche par-dessous pour les reconnaître. »

Côté éco

Boucle de monitoring : 535 €/mois sur trois ans pour 153 boucles (location tout inclus avec SAV) et 2 000 € pour l’achat de l’antenne
Caméras intelligentes : 480 €/mois sur cinq ans pour huit caméras (caméras + SAV + leasing + assurance du serveur à 10 000 €)

Ça bouge du côté du monitoring

« Une vache est une proie. Elle ne doit pas montrer qu’elle est mal en point, rappelle William Davy, vétérinaire pédicure en Belgique. Pouvoir l’observer à distance est un avantage immense. »

Les équipements de monitoring font partie des outils numériques les répandus en élevage laitier. Selon un récent sondage(1) d’Idele, 53 % des exploitations laitières sont équipées de capteurs embarqués sur l’animal. Les détecteurs de chaleurs sont les technologies embarquées les plus fréquentes (49 % des éleveurs enquêtés). Par rapport à une précédente enquête de 2015, ce taux d’équipement a été multiplié par près de 2,6. Et il devrait continuer de croître.

Si leur première promesse est la détection des chaleurs, ils en ont encore sous la pédale : alimentation, bien-être, détection des vêlages difficile, santé… De nouveaux services peuvent également être associés, comme la commande automatique d'insémination animale en lien avec le plan d’accouplement en cas de détection de chaleurs. Ou carrément changer de technologie en se détachant des capteurs physiques avec l’arrivée de caméras « intelligentes ». D’ici quelques années, couplées à une intelligence artificielle bien entraînée, elles pourraient offrir beaucoup.

(1) Questionnaire en ligne auquel ont répondu 856 éleveurs laitiers (échantillon non représentatif).

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