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« Notre ambition immédiate est de pouvoir livrer tous les éleveurs »

La crise de l'élevage et la hausse de la protéine ont pénalisé l'activité des fabricants d'aliments, selon le président du Syndicat national de la nutrition animale (Snia), Alain Guillaume, qui quittera ses fonctions cette année.

La Dépêche-Le Petit Meunier : Les mouvements sociaux actuels ont-ils un impact sur votre activité d'approvisionnement et de livraison ? Est-il chiffrable ?

Alain Guillaume : Pouvoir s'approvisionner en matières premières est un impératif pour nos usines et livrer les élevages est vital pour les animaux. À une période où le bien-être des animaux fait l'objet de toutes les attentions, pouvoir les nourrir normalement devrait conduire les Pouvoirs publics à inscrire notre secteur dans les activités prioritaires pour l'accès au carburant et ce, pour toutes les régions. C'est ce que nous demandons aux Pouvoirs publics comme d'autres secteurs qui se retrouvent, bien malgré eux, dans cette situation.

Il nous faudra des marchés sur notre territoire et à l'export si nous voulons donner un avenir aux productions animales en France .

Chiffrer précisément les conséquences aujourd'hui est difficile. Bien entendu, il y a un impact économique car la logistique pour notre secteur est un des premiers postes de coût après l'achat des matières premières. Notre ambition immédiate reste celle de pouvoir livrer dans de bonnes conditions toutes les exploitations en France. L'élevage est déjà dans une situation très fragile et n'a pas besoin d'être confronté à des difficultés supplémentaires.

LD-LPM : Filières animales toujours très fragiles, cours céréaliers en baisse, hausse de la protéine, quel bilan pouvez-vous faire cette année de l'industrie de la nutrition animale au regard de ces données économiques ?

A. G. : Le bilan de la campagne 2015/2016 ne sera pas bon (diminution de plus de 1 % par rapport à la campagne précédente). Depuis le début de l'année 2016, la baisse s'est aggravée (-5,1 % sur les quatre premiers mois, soit 345.000 t fabriquées en moins par rapport à l'année précédente). Toutes les grandes espèces sont touchées. Nous savions que la production d'aliments pour les filières Porc et Lait connaîtrait une passe difficile. Il y a clairement un manque de dynamisme qui s'explique par une baisse de la rentabilité des activités d'élevage. Mais les tonnages pour l'aviculture régressent aussi, conséquence notamment des mesures prises pour éradiquer l'influenza aviaire. Nous avons adhéré aux objectifs de ce plan. Nous avions sensibilisé les Pouvoirs publics sur l'impact économique direct et indirect des mesures décrétées. Aujourd'hui, les chiffres confirment nos prédictions et nous attendons un soutien des Pouvoirs publics à la hauteur des enjeux.

LD-LPM : Vous faisiez part d'un investissement qui repartait en 2014 dans le secteur de la nutrition animale. Cette reprise s'est-elle poursuivie en 2015 ?

A. G. : Oui, nos adhérents ont continué à investir et à s'organiser pour préparer l'avenir. Et notre message ne change pas : si nous voulons donner un avenir aux productions animales en France et un avenir aux fabricants d'aliments pour animaux, il faut créer les conditions de la réussite. L'investissement en fait partie mais, avant tout, il nous faudra des mar-chés sur notre territoire et à l'export. Nous avions diffusé en 2015 “sept engagements pour des modèles agricoles plus performants”. Le rapport d'activité du Snia remis lors de notre assemblée générale publique le 3 juin reviendra sur ces sept engagements et fera un point d'étape sur les actions entreprises et celles qui restent à mener.

LD-LPM : Cette assemblée générale sera votre dernière en qualité de président du Snia. Quel regard portez-vous sur votre quinquennat ?

A. G. : Après cinq ans passés à la présidence du Snia, mon mandat s'arrêtera en même temps que mon activité professionnelle. Je souhaite avant tout remercier les adhérents pour leur implication dans l'action collective. Grâce à une mobilisation forte, nous faisons avancer de nombreux dossiers. C'est très important de jouer collectif et de dialoguer avec notre environnement professionnel pour construire. Nous devons agir à tous les niveaux : régional, national et européen. En 2015, nous avions l'ambition de renforcer notre action européenne. Je me félicite de la création d'Eurofac avec l'Afca-Cial et Coop de France Nutrition animale. Cette association chargée de représenter l'industrie française de la nutrition animale en Europe permettra de renforcer notre action et nos échanges avec nos collègues européens. Enfin, je profite de cette interview pour inviter tous nos partenaires, organisations professionnelles et entreprises, à rejoindre la plateforme Duralim. Le lancement de cette démarche innovante agissant pour la durabilité de l'alimentation animale, est programmé le 7 juin au Cese. De nombreux challenges attendent notre secteur. Je souhaite “bon vent” à mon successeur, au Snia et à ses adhérents.

Recul de la production d'aliments de 0,36 % d'un an sur l'autre

Le Syndicat national de la nutrition animale estime la production d'aliments pour animaux à 21,093 Mt en 2015, contre 21,169 Mt en 2014, soit une régression de 0,36 %. Dans le détail, la production hors mash d'aliments pour bovins a atteint 4,303 Mt, en repli de 6,16 %. Celle de caprins, hors mash également, s'est élevée à 0,202 Mt, en baisse de 5,33 %. La production pour porcins s'est effritée de 1,51 %, pour tomber à 5,07 Mt. On note une progression de la production d'aliments pour volailles de 1,75 %, pour atteindre 8,832 Mt, et de celle pour les ovins de 4,5 %, à 424.857 t (hors mash). Les autres secteurs ont connu des situations très variables. La production pour lapins est estimée à 0,354 Mt (-3,73 %), celle pour équins à 0,234 Mt, celle pour poissons à 0,126 Mt, et celle pour gibiers à 0,09 Mt.

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