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Fourrages conservés
L’ensilage de maïs en question

La production de maïs fourrage s’effrite au profit de l’ensilage d’herbe. Quelles en sont les raisons ? Et quel avenir pour le maïs ensilage ?

Par les volumes concernés et le double rôle qu’ils jouent dans l’alimentation du bétail et sur la sécurisation de la conduite des systèmes fourragers face aux aléas, les fourrages conservés sont un des points clés dans la conduite des troupeaux d’herbivores. Ces quinze dernières années, leurs modes de conservation ont évolué. L’ensilage de maïs qui représentait en 1994 environ 45 % des fourrages stockés n’en représente plus que 34 % (Agreste, 2006). L’herbe conservée sous forme humide a progressé de 10 % à 19 %, du fait essentiellement du développement de l’enrubannage (cf. encadré ci-dessous), tandis que le foin est resté stable à 46-47 % des matières sèches récoltées. Comment peut-on expliquer cette régression du maïs ensilage ? Quels atouts possède-t-il face aux contraintes environnementales et climatiques ? C’est à ces questions que l’Association française pour la production fourragère (AFPF) a tenté de répondre lors de ses “Journées de printemps” des 30 et 31 mars derniers à Paris.

Le maïs ensilage, un fourrage riche en amidon mais pauvre en matière azotée
    La part du maïs fourrage a diminué au profit de l’ensilage d’herbe et de l’enrubannage. Cette diminution est uniquement due à celle des surfaces (-190.000 ha de 1994 à 2006 pour atteindre 1,4 Mha en 2006) et non aux rendements en maïs fourrage qui, en moyenne, ont augmenté de 0,6 tonne de matière sèche à l’hectare, passant de 11,9 t MS/ha en 1996-2000 à 12,5 t MS/ha en 2006-2009 selon les données annuelles d’Agreste. Ainsi, la forte progression qu’a connu le maïs ensilage avant les années 1990 est stoppée. « Les surfaces ont même diminué dans les zones en difficultés hydriques et peu céréalières, indique l’Institut de l’élevage. Il y a aujourd’hui une meilleure adéquation des cultures au potentiel pédoclimatique des élevages. »
    Autres critères pouvant expliquer cet état de fait : la baisse du cheptel de bovins laitiers (principaux bénéficiaires du maïs ensilage), le manque de prestataires de service équipés en ensileuse automotrice dans les zones avec peu de maïs ensilage, la simplification des modes de distribution, ou encore les contraintes de stockage et la mise aux normes des silos. Ces évolutions sont aussi le signe d’adaptations aux aléas climatiques plus fréquents depuis 2000, et dans certaines régions d’une tendance à la spécialisation au profit des grandes cultures.
    Le maïs ensilage est également confronté, au fil des ans, à une diminution de sa matière azotée totale (MAT) et de sa teneur en sels minéraux, qui oblige à supplémenter davantage les rations. Si on peut expliquer la baisse de la MAT par des apports azotés en retrait et une récolte plus tardive, Bertrand Carpentier (Arvalis) insiste sur le fait que « la plante maïs n’a jamais été faite pour produire de la matière azotée mais de l’amidon, d’où la nécessité de compléter à l’auge pour les vaches laitières ».

Ses atouts face au changement climatique et aux contraintes environnementales
    Pour le maïs, le réchauffement climatique est déjà une réalité. « Sur la période 1990-2006, on observe une augmentation moyenne des sommes de températures cumulées entre le 21 avril et le 31 octobre de l’ordre de 120 degrés jours aux seuils 6-30 °C », indique Bertrand Carpentier. Dans les régions où le cumul des températures est aujourd’hui un facteur limitant, le réchauffement climatique est à première vue un atout pour le maïs fourrage : assurance de récolter au bon taux de matière sèche (30-35 %), augmentation du rendement et évolution de la composition chimique vers plus d’amidon. Cependant, si les changements climatiques s’accompagnent d’une diminution des précipitations estivales, la question de la disponibilité en eau est posée et l’équilibre du système fourrager sera probablement modifié.
    La stratégie qui consiste à décaler la phase de croissance la plus active, au cours de laquelle se développe le grain, vers des périodes moins déficitaires en eau peut être une solution. Avancer la date de semis et adapter la durée du cycle de la culture par le choix de la précocité de l’hybride répondent à cet objectif. Offrant aujourd’hui des variétés plus tolérantes au déficit hydrique, la sélection variétale du maïs participe aussi à l’évolution du rendement, dont « le progrès génétiques est chiffré à +1 % par an », souligne Arvalis. Le maïs est également un bon valorisateur des engrais de ferme, lisier et fumier, ce qui permet de réduire les apports d’engrais minéraux.
    Certains points de la conduite culturale restent cependant à améliorer, dont la couverture hivernale des sols. Des travaux expérimentaux ont été conduits et sont à poursuivre. « Il faut reconnaître qu’il n’est pas toujours facile de réussir l’implantation d’un couvert hivernal dans une culture de maïs (par exemple, un semis de ray-grass sous maïs 8 feuilles), et inversement... », admet Bertrand Carpentier.

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