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"La nutrition animale ne veut pas transiger sur la qualité"

Dans un contexte économique difficile, le Snia réaffirme ses exigences en matière de sécurité sanitaire, notamment sur le dossier mycotoxines

La Dépêche-Le Petit meunier : Vous avez choisi de traiter du développement durable lors de votre assemblée générale le 28 mai. Quels sont les enjeux ?

Adolphe Thomas : La protection de l’envi­ronnement, et plus généralement le développement durable, font partie des enjeux majeurs et légitimes de ce début de siècle. Le secteur de la nutrition animale, comme tous les acteurs de la société, doivent résolument et de manière responsable s’engager dans cette voie.

Notre industrie n’a pas attendu le mouvement actuel pour prendre en compte les paramètres de développement durable à travers le choix des matières premières et la formulation des aliments (à titre d’exemple, la nutrition animale valorise 42 % de coproduits dans ses formules), sur la consommation énergétique, la maîtrise des rejets, l’efficience nutritionnelle… Elle doit maintenant mieux structurer ses démarches et communiquer sur ses réalisations. En même temps, il nous faut être attentifs à ne pas s’inscrire dans certains clichés qui auraient tendance à réduire la notion de développement durable au simple respect de l’envi­ronnement, à opposer les systèmes de production entre eux, à oublier la nécessaire compétitivité de nos filières, ou encore à opposer matières premières conventionnelles et coproduits…

Afin de structurer et d’organiser concrètement nos démarches sur ce thème, nous avons en effet décidé avec les autres syndicats de la nutrition animale française et l’Institut Technique Tecaliman de constituer une mission technique. Celle-ci est chargée de réaliser un premier état des lieux de la situation, de s’accorder sur un langage commun avec les autres opérateurs des filières, de préciser les bons indicateurs à retenir, de faire des recommandations dans le cadre de notre démarche de progrès et d’élaborer les éléments de base servant à construire notre communication. Le tout sans transiger sur l’acquis principal que constituent la sécurité sanitaire et la qualité, et en tenant compte des réalités économiques et sociales. L’avenir de la nutrition animale se construira aussi dans le développement durable et il est important que nous le fassions savoir.

LD-LPM: Le Snia travaille, au sein d’Intercéréales, sur l’élaboration d’un guide de gestion des risques. Quels sont les objectifs que vous y poursuivez, notamment en matière de mycotoxines, qui impactent les relations commerciales au sein de votre filière ?

A. T. : Les mycotoxines sont des contaminants. Nous l’avons souvent rappelé : à la différence de l’alimentation humaine, pour la plupart des mycotoxines, il n’existe pas de seuil de conformité pour les produits destinés à l’alimentation des animaux mais de simples recommandations de niveaux. Pour autant, sur un plan nutritionnel, le risque mycotoxines est réel, surtout chez certaines espèces sensibles comme le porc.

Le fabricant se trouve ainsi contraint de gérer ce risque, et c’est la raison pour laquelle il a besoin de connaître le niveau de qualité sanitaire des matières premières qui lui sont livrées. Cette communication entre les organismes stockeurs et les fabricants est essentielle. Nous pouvons même légitimement penser que c’est un droit que de l’obtenir. Aussi devons-nous encourager vivement la finalisation du guide « Intercéréales » de gestion des mycotoxines dans la filière céréalière. Il s’agit là d’un nouvel outil, complémentaire aux dispositions réglementaires existantes, qui contribuera à structurer la relation entre opérateurs et à mieux appréhender les obligations et les contraintes de chacun.

LD-LPM : En 2008, le Snia consacrait son assemblée générale aux difficultés de gestion rencontrées par les fabricants dans le cadre de l’application de la réglementation et des cahiers des charges liée à la présence d’OGM dans certaines matières premières. Qu’en est-il aujourd’hui ?

A. T. : Nous avons eu raison d’ouvrir publiquement ce débat. Cela a permis aux Pouvoirs publics et à notre environnement professionnel de prendre conscience de la situation. Sur ce point, les fondamentaux n’ont pas changé. Nous constatons toujours une augmentation des surfaces OGM cultivées dans le monde et la multiplication des autorisations octroyées sur de nouvelles espèces. Et face à cela, les fabricants ont pour objectif de répondre aux demandes d’une partie de leurs clients souhaitant se fournir en aliments garantis.

Nous répondons à cette attente dans le respect de la réglementation européenne, mais nous continuons à alerter les autorités ainsi que nos partenaires professionnels sur les difficultés rencontrées et la nécessité de disposer de règles adaptées de coexistence des filières.

A l’occasion des débats récents au sein du Conseil national de la consommation sur l’éventualité de la mise en place d’une allégation pour les produits issus d’animaux en fonction du caractère OGM ou non de leur alimentation, nous avons tenu à repréciser objectivement la situation et à expliquer les contraintes des fabricants d’aliments composés. Si les filières et les pouvoirs publics de-vaient s’engager vers ce type d’allégation, nous attirons leur attention sur plusieurs points. D’une part, nous pensons qu’il s’agit avant tout d’un débat qui doit être porté au niveau communautaire afin d’éviter des écarts entre les produits dans un marché qui, rappelons-le, est commun à tous les pays membres. D’autre part, nous exhortons les pouvoirs publics à ne pas fixer de nouvelles règles d’étiquetage pour les produits animaux qui seraient en incohérence avec celles applicables aux aliments pour animaux. Enfin, il ne faudrait pas tromper le consommateur en lui laissant croire que le zéro OGM absolu dans l’alimentation des animaux est réaliste.

LD-LPM : Le secteur de l’alimentation animale est-il impacté par la crise ?

A. T. : Il est clair que les conditions actuelles sont difficiles pour les fabricants d’aliments composés et que notre industrie, confrontée à une baisse importante de ses volumes fabriqués (moins 8 % sur le 1er trimestre 2009 par rapport à la même période de 2008), aux difficultés de ses clients éleveurs porcins ou laitiers, aux fluctuations sur les coûts de matières premières, peut espérer des jours meilleurs. Heureusement, la crise économique généralisée à laquelle nous devons faire face influence malgré tout de manière limitée les productions animales et la consommation alimentaire des ménages, en comparaison avec d’autres secteurs industriels. Cette situation impose beaucoup de rigueur dans la conduite des entreprises, la maîtrise des coûts, la gestion des marges commerciales, le soutien des éleveurs en situation de trésorerie difficile… En même temps, le marché des matières premières est assez instable et les premiers signes de reprise entraîneront probablement de nouvelles tensions sur les prix, dont les experts s’accordent à considérer qu’ils seront dans le futur orientés à la hausse. La période est en effet favorable à la réorganisation des entreprises, aux concentrations et à la recherche d’alliances stratégiques pour les opérateurs, préfigurant un peu plus ce que sera le profil de notre secteur et de celui des productions animales dans les années à venir.

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