La France peut encore sortir de la crise
Pour que la croissance hexagonale reparte, l’économie française doit gagner en compétitivité et les États membres de l’UE se serrer les coudes.

« 2013 sera l’année de tous les dangers pour la France avec la récession qui se profile », a annoncé Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI (Aux commandes de l’économie et de la finance), lors d’une conférence le 22 novembre, intitulée “ comment enfin sortir de la crise ? ” organisée par le GIE CRC. Le dernier excédent public français remonterait à 1974. « En 2013, la dette publique devrait atteindre le seuil psychologique de 100 % du PIB. » Les États-Unis tirent toujours l’économie mondiale, mais ils souffrent également. « Jusque dans les années 90, il y avait une croissance annuelle de 2,5 % des deux côtés de l’Atlantique. Aujourd’hui, les États-Unis sont toujours à 2,5 %, mais la zone euro stagne entre 0,5 et 1 %. Depuis cinq ans, la France a même une croissance de 0 %. » Mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Au niveau mondial, la croissance s’afficherait à 3,3 %, grâce aux pays émergents, et notamment aux pays asiatiques. En regardant la répartition du PIB mondial, il ressort que les rapports de force s’inversent. En 2012, les pays développés vont compter pour moins de 50 % du PIB mondial, une première historique !
La crise, une phase d’opportunités ?
Mais les crises font partie de la vie économique, rappelle Marc Touati. Elles peuvent permettre de rebondir. « Le mot crise en chinois se traduit également par opportunité », partage-t-il. Selon lui, le seul moyen de sauver l’économie française est de baisser les impôts, car à l’echelle mondiale, on a une des pressions fiscales la plus importante rapportée au PIB. « Mais du coup il faudrait aussi baisser les dépenses et ça personne n’en a le courage ». En attendant, il faut que les entreprises françaises développent en permanence des stratégies anti-crise : à travers des marchés de niches, des programmes de R&D et/ou une croissance internationale. Une reprise de la croissance durable doit passer par des révolutions technologiques. « Le problème, c’est que la culture économique est très faible en France. Ce ne sont pas les entreprises françaises qui manquent de compétitivité, mais l’économie hexagonale elle-même. On accorderait peut être trop de poids au principe de précaution. »
L’arme monétaire de la zone euro
Une des seules armes que possède la zone euro est l’arme monétaire, c’est à dire sa capacité à jouer sur ses taux d’intérêt et de change. Pour que l’environnement économique se stabilise de façon durable, il faut notamment que les prix des matières premières arrêtent de flamber, or c’est le baril de pétrole qui donnerait le la. La croissance mondiale et le prix du pétrole sont généralement corrélés. Mais en 2008 et 2011 il y a eu deux décrochages, qui correspondraient aux deux moments où la BCE a augmenté ses taux d’intérêt. Cela a fait flamber l’euro et baisser le dollar, ce qui à son tour a poussé les investisseurs vers le pétrole et les matières premières. Une grande erreur d’après l’économiste. D’autre part, Marc Touati n’envisage pas de sortie de la crise tant que l’euro sera aussi cher. Le niveau d’équilibre de la zone euro serait d’1,15 dollar pour 1 euro, mais encore faut-il que les différents Etats membres concernés réussissent à se mettre d’accord car leurs niveaux d’équilibre individuels divergent : 1,35 pour l’Allemagne, 1,05 pour la France, et 0,70 pour la Grèce par exemple.
Un domaine où la Chine n’aurait pas de leçon à recevoir. Dès que son PIB progresse, la Chine apprécie sa monnaie, le yuan, face au dollar et la dévalue dans le cas contraire. Actuellement 1 dollar vaut environ 6,3 yuans, alors que le niveau d’équilibre serait de 3,5 yuans pour un dollar, donc le yuan reste encore bien sous-évalué.