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Sommet de l’Élevage/Nutrition animale
Faire évoluer les cahiers des charges ?

Les industriels de l’alimentation animale cherchent des solutions dans un contexte de volatilité et de moindre disponibilité des matières premières

RÉFLEXIONS. « La vraie problématique, c’est que l’industrie de l’alimentation animale va manquer de matières premières. La question légitime est donc de savoir comment nous allons alimenter les élevages. » Premier constat formulé de concert par Adolphe Thomas, président du Snia et Pedro Correa de Barros, président de la Fefac (Fédération européenne des fabricants d’aliments composés), à l’occasion d’un échange consacré au très sensible problème actuel de l’approvisionnement des usines d’aliments du bétail en matières premières (prix, volatilité, disponibilités...), vendredi 5 octobre, au Sommet de l’Élevage de Clermont-Ferrand.

Le secteur de l’alimentation animale, déjà en proie depuis plusieurs années à un mouvement de restructuration continu des entreprises et outils de production qui le compose, cherche à trouver des solutions dans un contexte menaçant (cf. encadré p.1). Dans ce climat d’incertitude, qui touche de plein fouet les industriels européens, « la compétitivité du secteur de l’alimentation animale est très menacée et les difficultés que rencontrent les éleveurs à répercuter les hausses de prix des matières premières sur les tarifs de la viande peut aboutir à une situation de faillite pour les productions animales », a déploré Jean-Luc Doneys de l’Urfacal (Union régionale des fabricants d’aliments composés Auvergne-Limousin).

Revoir les cahiers des charges

« Sur la question des OGM, on peut être pour ou contre, nous n’avons aucun avantage particulier à les utiliser, mais ils sont peut-être la solution à nos problèmes », a lancé Jean-Jacques Dumas de l’Urfacal, « car la question est bien celle de la disponibilité des matières premières à l’échelle internationale ». La priorité est bien sûr adressée aux quantités offertes sur les marchés intérieur et communautaire, « mais les céréales françaises restent stockées dans les silos », tempête le professionnel. D’où le recours aux importations de matières premières à moindre coût, malgré les niveaux de fret, (maïs brésilien par exemple), à la fois pour contrer la cherté des céréales françaises et aussi pour assurer les approvisionnements. Mais la solution des importations ne prévaut qu’à court terme, les exigences actuelles des cahiers des charges supposant d’importer des qualités très particulières (en particulier pour les français). C’est pourquoi, selon Jean-Jacques Dumas, « la politique doit changer en matière de réglementation, notamment au niveau du seuil de tolérance de présence d’OGM. En France, le blocage est à cent pourcents administratif. On pénalise nos filières. »

Davantage de régulation des marchés

Difficultés d’approvisionnement, volatilité des prix... la solution pour renforcer la filière est aussi « verticale », a insisté Adolphe Thomas. Il a ainsi réaffirmé la nécessité de répercuter les hausses de prix jusque vers la grande distribution – en d’autres termes, une meilleure répartition des marges jusqu’au consommateur final – car « il y a un problème social, l’éleveur ». Le mot clé est donc « contractualisation » entre tous les maillons de la filière. Un appel a aussi été lancé sur le besoin crucial de sécuriser les marchés par « des stocks de sécurité au niveau communautaire ». En effet, « nous ne pouvons malheureusement pas agir contre la spéculation des fonds de pension sur les matières premières », celle-ci jouant grandement sur les fluctuations de cours.

Difficile de substituer les céréales

Quant à la question de savoir si l’on peut substituer les céréales par d’autres matières premières ou coproduits, la réponse est loin d’être affirmative à l’évidence. En particulier, l’envolée des cours des céréales a entraîné avec elle celle des substituts (PSC, corn gluten feed...). Les industriels ajoutent que le sorgho reste limité dans les incorporations et que « le manioc n’est pas encore envisagé, du moins en Europe ». Les farines animales sont quant à elles toujours interdites au niveau communautaire. Et les biocarburants, menace ou opportunité pour les filières animales ? « Les biocarburants sont une fausse bonne idée » pour le président du Snia, ce sur quoi ont acquiescé les membres de la Fefac et de l’Urfacal. « Les coproduits nous intéresseraient mais ils ne peuvent constituer qu’une partie seulement de la ration », sans oublier que la filière connaît des difficultés actuellement (rentabilité), ce qui empêche de connaître les perspectives dans un proche avenir. De plus, malgré quelques sénarios déjà évoqués concernant les prix et les caractéristiques nutritionnelles de ces coproduits, il apparaît que « les tourteaux de colza et les drèches n’ont pas les mêmes valeurs que les autres matières premières que nous incorporons », selon le Snia.

Quelles que soient les situations envisagées, tout ne sera pas résolu. En particulier, même si le budget consacré à l’alimentaire ne représente que 14 à 15 % chez le consommateur français, sera-t-il prêt à payer plus cher la viande qu’il achète chez les distributeurs ? Comprendra-t-il le sens de la revalorisation des tarifs ? Quelle conséquence pourrait avoir l’assouplissement des cahiers des charges sur la production de viande de label ? Autant d’éléments à considérer, afin que des pans entiers des filières ne soient pas menacés d’extinction.

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