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Noisette : le biocontrôle vise le balanin et les punaises

La filière noisette est à la recherche de solutions de biocontrôle pour limiter les dégâts dus aux insectes ravageurs. L’équipe de recherche de l’Association nationale des producteurs de noisettes (ANPN) fait le point sur l’avancée de ces travaux au long cours.

Les recherches en biocontrôle sont loin d’être une nouveauté en culture de noisetiers. « Dès 1971, l’année de sa création, l’Association nationale des producteurs de noisettes travaille sur l’identification et la mise au point de méthodes de biocontrôle », évoque Maud Thomas, chargée du programme expérimentation à l’ANPN, structure financée à plus de 60 % par les 350 producteurs également membres de la coopérative Unicoque.

La volonté de trouver de nouvelles solutions de protection s’est accentuée depuis la fin des néonicotinoïdes. Ces produits avaient l’avantage d’assurer une période de protection importante face aux insectes ravageurs. Les pyréthrinoïdes, aujourd’hui très utilisés, sont faiblement rémanents et nécessitent de toucher directement les insectes, qui sont difficiles à atteindre.

Trois grandes catégories de biocontrôle

Les principales cibles des projets de recherche sont le balanin de la noisette, dont les premières grosses attaques en France remontent au début des années 1980, ainsi que les punaises. Celles-ci sont devenues plus récemment un problème majeur avec en premier lieu la punaise verte des bois (Palomena prasina) et la punaise diabolique (Halyomorpha halys).

Trois grandes catégories de biocontrôle sont à l’étude : les médiateurs chimiques, les micro et macro organismes entomopathogènes ainsi que les parasitoïdes. Pour l’heure, aucune solution de biocontrôle n’est suffisamment efficace pour maintenir à elle seule les ravageurs à un niveau économiquement viable. Comme toujours avec les méthodes de protection alternatives aux produits phytosanitaires classiques, « ces solutions de biocontrôle devront être combinées, entre elles et avec d’autres techniques (sélection variétale, aménagement des parcelles), afin d’atteindre un niveau d’efficacité satisfaisant », indique Guillaume Martel, entomologiste à l’ANPN.

 

*financement ANPN-Feader-Région Nouvelle-Aquitaine

Les médiateurs chimiques : phéromones et kairomones

 
En 1995, l’ANPN s’associe avec le centre INRAE de Versailles afin d’identifier des composés organiques volatils (COV) d’intérêt perçus par le balanin, qu’ils soient émis par ses plantes hôtes (kairomones) ou par ses congénères (phéromones). Le projet Balanin* débuté en 2015 poursuit les travaux initiés dans les années 1990. De très nombreux composés ont été analysés afin de déterminer s’ils sont perçus par le balanin et, si c’est le cas, s’ils l’attirent. D’après Rachid Hamidi, entomologiste à l’ANPN, en comprenant mieux le comportement du balanin, il sera possible d’élaborer un attractif pour réguler les populations. Des essais de formulations sont actuellement réalisés par l’ANPN, sur le terrain et en conditions contrôlées.

 

Les organismes entomopathogènes

Le projet en cours Myconema vise la recherche de nématodes et de champignons entomopathogènes. « Nous effectuons une évaluation des souches de champignons et nématodes disponibles sur le marché afin de voir si elles peuvent être efficaces contre le balanin, voire contre les punaises », détaille Julien Toillon, écophysiologiste à l’ANPN. Pour pouvoir utiliser des organismes entomopathogènes, une bonne connaissance du cycle de l’insecte est indispensable.

« Il faut savoir quand il est présent dans le verger, sous quelle forme, et à quel endroit », expose Julien Toillon. Ces informations permettent de savoir à quel moment de l’année et sur quel stade de développement de l’insecte intervenir avec l’une ou l’autre des solutions testées. Les nématodes entomopathogènes vivent dans le sol. Or, le balanin y effectue une partie de son cycle : la larve s’enfouit dans le sol une fois sortie du fruit et y passe de deux à cinq hivers avant de réémerger en tant qu’adulte. Ces informations permettent de savoir à quel moment de l’année et sur quel stade de développement de l’insecte intervenir avec l’une ou l’autre des solutions testées.

Les champignons entomopathogènes en revanche ne sont pas inféodés au sol, ils peuvent être appliqués sur la végétation. Différentes souches de champignons disponibles sur le marché sont actuellement testées en laboratoire. Les premiers tests en verger débuteront au printemps 2022. « L’efficacité sera testée sur les adultes présents dans le verger, mais également sur les larves avant qu’elles ne s’enfouissent dans le sol », précise Julien Toillon. Les organismes entomopathogènes sont très généralistes et il sera important de les tester sur les insectes auxiliaires présents au verger afin de s’assurer que cette méthode ne présente pas de risques majeurs pour ces populations.

 

Les parasitoïdes

Une première phase d’étude (projet Replik* 2019-2022) a permis d’orienter les recherches en biocontrôle contre les punaises vers l’utilisation de parasitoïdes. L’identification et l’utilisation de parasitoïdes contre la punaise verte des bois et la punaise diabolique fait actuellement l’objet d’un dépôt de projet auprès de la région Nouvelle-Aquitaine (projet Ripposte). Porté par l’ANPN en collaboration avec l’institut Sophia Agrobiotech et l’Université de Turin, son objectif est d’étudier la biologie et la potentielle efficacité de ces micro-guêpes.

« La première phase de ce projet sera d’évaluer un parasitoïde candidat récemment observé en France et bien installé en Italie, Trissolcus mitsukurii, présente Guillaume Martel. Il a pour avantages d’être spécialiste des punaises, puisqu’il se développe au détriment de leurs œufs, et est assez facile à élever. » De plus, le fait que ce parasitoïde soit déjà présent sur le territoire est un grand atout, à la fois au regard des risques écologiques liés à son utilisation ainsi que des aspects réglementaires. Trissolcus mitsukurii est actuellement élevé en laboratoire pour évaluer son potentiel d’efficacité en lutte biologique dans les vergers.

 

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