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Cerise - des bâches anti-pluie comme assurance récolte

Des bâches anti-pluie sécurisent une partie de la production de cerise à forte valeur ajoutée sur l’EARL Soubeyrand. Avec en prime, des fruits encore plus jolis.

La cerise constitue l’activité principale de l’EARL Soubeyrand. Ses 24 ha de cerisiers d’une dizaine de variétés différentes, implantés en Ardèche entre 550 et 620 m d’altitude, lui permettent d’étaler la période de récolte, de la mi-juin jusqu’à la fin juillet. Si les variétés tardives ont une meilleure valorisation sur le marché, elles sont aussi plus sujettes à la pluie, l’une des causes première des pertes de production en cerise. « Après plusieurs récoltes catastrophiques liées à des orages, nous n’avions plus vraiment le choix. Soit on protégeait les tardives, soit on les abandonnait. On a décidé d’investir », raconte François Soubeyrand, installé depuis 1981. Les exploitants optent dès 2012 pour la couverture de trois hectares de vergers en variétés Staccato, Sweet heart et Skeena, y compris en terrasse, avec le système du fabriquant allemand Voen. Un système en apparence complexe, mais efficace.

Un travail d’installation conséquent

« Les poteaux de bois sont tenus par des câbles longitudinaux et transverses, des tireforts et des arceaux reliés à un ancrage de tête. En terrain profond, celui-ci n’est pas compliqué à fixer. Mais ici, avec peu de profondeur de sol, cela demande beaucoup de travail : nous avons dû fixer certains ancrages au moyen de plaques de fer de 50/50 cm noyées sous du béton et de la pierre. Parfois, sur la roche, nous avons utilisé la foreuse et nous avons été contraints de louer un compresseur de chantier », relate François Soubeyrand. Aurélien, son fils et associé, poursuit : « La bâche est constituée d’un filet paragrêle classique sur lequel plusieurs bandes de films en nylon superposées (d’environ 60 cm) sont cousues, par le haut. Elles se recouvrent de quelques centimètres pour laisser passer le vent et s’écouler les pluies vers la gouttière, entre les rangs ». Des clips, fixés tous les 80 cm, relient entre elles les bâches sur les gouttières et le faîtage. L’installation de ce système demande beaucoup de temps : « Environ 600 h/ha, sachant que nous sommes passés treize fois pour faire toutes les opérations. Mais c’est en comptant toutes les contraintes liées à notre relief ardéchois ; sur terrains plats et profonds, on peut quasiment diviser le temps par deux, affirme-t-il. Une fois installées, les bâches ont une durée de vie d’environ 10 ou 12 ans. Elles sont mises en place dès la fin de la floraison et repliées une fois la récolte terminée ».

Calibre et qualité améliorés

La production de cerise est très sensible à l’éclatement, provoqué par la pluie. Les bâches protègent ainsi les vergers des précipitations. De surcroît, elles filtrent 40 % des rayons ultraviolets (UV), ce qui permet de décaler la récolte de quelques jours et d’amoindrir les variations de température. « Le système apporte beaucoup d’avantages : non seulement il retarde la maturité de quelques jours, mais nous permet aussi de récolter au stade optimal, et non de courir ramasser précocement par crainte de la pluie. Surtout, il améliore la qualité visuelle du fruit, qui gagne en brillance et surtout en calibre. On est encore stupéfaits des résultats. Le comportement variétal sous bâche évolue : par exemple en variété Duroni 3, l’effet anti-UV est flagrant, avec un arbre aux feuilles beaucoup plus belles », explique Aurélien Soubeyrand. « Autre effet plus insoupçonné : la biodiversité qui se crée sous les bâches, avec le développement de nombreux auxiliaires (chrysopes, coccinelles) et même d’oiseaux qui viennent installer leur nid ». Ce système représente un investissement initial d’environ 50 000 € pour les trois hectares, dont ils sont très satisfaits. « Deux ans de pluie et il est rentabilisé ! ». Ils comptent d’ailleurs doubler la surface de vergers sous bâches prochainement. Seul bémol : celles-ci ne protègent pas de Drosophila suzukii ou de la mouche de la cerise. Au contraire, l’effet de confinement peut s’avérer plus propice au développement d’acariens. C’est pourquoi les producteurs envisagent de coupler ce système avec des filets insect-proof dans un avenir proche. « Mais la mise en place de ce système nous a apporté beaucoup plus de sérénité. C’est la garantie qu’une partie de la production sera assurée. Un soulagement, pour nous, mais aussi pour notre famille et même notre banquier ! ».

Mylène Coste

Avis de spécialiste : Sophie Buléon, conseillère arboriculture à la Chambre d’agriculture de l’Ardèche

« Des aides régionales pour lever le frein financier »

« L’intérêt principal des bâches anti-pluie sur cerise est d’éviter l’éclatement, puisque la production de cerises est très sensible à la pluie et à l’humidité pendant la maturation. D’autant plus que l’éclatement est la porte d’entrée aux maladies de conservation et peut provoquer la pourriture des cerises. Les bâches sont efficaces à 100 % contre la pluie, et assurent une ventilation suffisante dans les vergers. L’autre avantage, c’est la possibilité de récolter à maturité, au stade de récolte optimal, sans être soumis aux impératifs climatiques. Cela permet enfin une meilleure gestion de la main-d’œuvre, évitant les jours chômés pour intempéries. Le tri est également plus rapide, alors que la qualité et le calibre du fruit se voient considérablement améliorés. C’est une vraie sécurité pour les producteurs. Mais l’investissement de départ est conséquent, même s’il peut vite être rentabilisé les années de pluie. Les arboriculteurs peuvent bénéficier d’aides régionales en Rhône-Alpes pour investir dans des équipements de protection des vergers contre les aléas climatiques. Ces aides s’élèvent à 60 % du montant de l’investissement. Enfin, le travail technique d’installation et les coûts de main-d’œuvre qui y sont liés constituent un second frein, notamment sur les zones de pente et de coteaux qui exigent tout un travail de palissage et donc beaucoup de temps ».

L’investissement pour les trois hectares a été de 42 000 € de frais d’achat des bâches, poteaux, ancrage et béton auxquels s’ajoutent les frais de main-d’œuvre à l’installation. Soit un coût de revient estimé à 0,60 € sur le kilo de fruit.

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