Deux exemples d’autovaccins en élevage caprin
Les autovaccins sont une solution encadrée et efficace face aux impasses sanitaires en élevage caprin. Témoignage de Benoît Forestier, vétérinaire dans les Deux-Sèvres, à travers deux exemples réussis de vaccins sur-mesure.
Les autovaccins sont une solution encadrée et efficace face aux impasses sanitaires en élevage caprin. Témoignage de Benoît Forestier, vétérinaire dans les Deux-Sèvres, à travers deux exemples réussis de vaccins sur-mesure.
Face à un arsenal thérapeutique assez limité pour les caprins, les autovaccins, véritables vaccins sur-mesure, peuvent constituer une option alternative intéressante. Un autovaccin est un médicament vétérinaire immunologique, préparé à partir de souches bactériennes isolées dans un élevage donné, sur des animaux atteints d’une pathologie précise. « Un autovaccin, ce n’est pas le vaccin du voisin, ni celui d’un élevage similaire. C’est un vaccin fabriqué à partir des bactéries de votre élevage, pour votre élevage », rappelle Benoît Forestier.
La souchothèque facilite la refabrication
Son utilisation relève du cadre réglementaire des préparations magistrales, régi par le Code de la santé publique. Un autovaccin ne peut ainsi être envisagé que pour des bactéries (les autovaccins contre les virus sont interdits en France) et que s’il n’existe pas de vaccin commercial, qu’il y a une rupture de stock ou que le vaccin à AMM (1) ne montre pas son efficacité.
L’autovaccin est prescrit par le vétérinaire et sa réalisation demande que le praticien remplisse un dossier administratif qui peut être conséquent et engageant. L’autovaccin est aussi une affaire de calendrier. Entre le prélèvement, l’identification de la souche, l’inactivation, les repiquages, les contrôles et la fabrication, il faut compter au moins trois mois avant la livraison du vaccin au vétérinaire prescripteur. « Un autovaccin n’est pas un vaccin d’urgence mais se pense dans une stratégie de long terme, conseille Benoît Forestier. Au vu du coût et des délais, il est préférable de se lancer pour au minimum deux ou trois ans. » Heureusement, les laboratoires conservent les souches dans une souchothèque à -180 °C, ce qui permet leur refabrication sans recommencer les prélèvements. À noter que, légalement, seuls les animaux génétiquement résistants à la tremblante des petits ruminants peuvent faire l’objet d’un autovaccin. Un génotypage de l’animal prélevé est donc nécessaire pour des matrices autres que le lait et matières fécales. Par exemple, le génotypage est indispensable pour les abcès ou les pneumonies.
Suivi attentif des effets
« Les autovaccins n’ont pas fait l’objet d’essais cliniques standardisés, et leur utilisation repose sur une obligation de moyens, non de résultats, insiste Benoît Forestier. Leur recours doit donc faire l’objet d’un consentement éclairé de l’éleveur et un suivi attentif des effets indésirables. On ne sait pas tout. C’est précisément pour ça que les retours d’expérience sont essentiels. »
1 – Vaccin bivalent contre les abcès caséeux
Les abcès caséeux restent une maladie persistante et difficile à maîtriser. Ils sont le plus souvent liés aux bactéries Corynebacterium pseudotuberculosis et parfois à des staphylocoques. Pour lutter contre cette maladie chronique, un élevage des Deux-Sèvres a tenté la création d’un autovaccin. « Plusieurs abcès ont été ponctionnés afin d’identifier les souches réellement en circulation dans le troupeau, explique le praticien. Cette étape est cruciale car un autovaccin monovalent ne serait pas efficace si plusieurs bactéries coexistent. »
Dans le cas présenté, comme la matrice utilisée pour l’isolement du germe n’était pas du lait, du sang, de l’urine ou des fèces – en l’occurrence du pus – il a légalement fallu réaliser un test de résistante à la tremblante. Après trois mois de fabrication, une primo-vaccination de deux injections était suivie de rappels trimestriels. Une fois le protocole appliqué sur plusieurs années, l’autovaccin s’est montré efficace pour réduire l’incidence des abcès caséeux mais le coût de trois à quatre euros la dose interroge sur sa faisabilité à long terme.
2 – Après l’échec du Vimco, l’autovaccin a amélioré la qualité du lait
L’élevage conduit par Isabelle et Cédric Subtil était confronté à une impasse sanitaire. Malgré l’utilisation du vaccin Vimco pendant quatre ans et des traitements antibiotiques sélectifs des mamelles au tarissement, l’élevage de 600 chèvres était confronté à des mammites cliniques, des mortalités et un taux de cellules élevés.
Les analyses de lait ont révélé la présence de quatre bactéries. Pour la mise en place du vaccin sur-mesure, le choix a été fait de se concentrer sur Staphylococcus aureus et Streptococcus uberis, deux agents majeurs des mammites caprines.
Le protocole choisi comportait deux injections en primo-vaccination avec un rappel à six mois. La vaccination a été intégrée dans une réflexion plus large comprenant l’arrêt des antibiotiques au tarissement et un suivi précis des infections nouvelles et des guérisons.
Le bilan s’est avéré positif. « Nous sommes passés de plus de 50 % de nouvelles infections en 2022-2023 à 10 % de nouvelles infections en 2024-2025, se réjouit le couple d’éleveurs. Nous avons diminué le recours aux antibiotiques et, de ce fait, réduit le risque d’inhibiteurs dans le lait. » Le coût a été significatif avec environ 8 500 euros la première année, puis 2 500 euros par rappel, mais il doit être mis en balance avec les pertes de lait évitées et la stabilité sanitaire retrouvée.