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Comment le numérique peut venir en soutien à l’agroécologie

Le rôle que le numérique peut jouer dans la transition agroécologique a été analysé lors du dernier symposium de Végépolys Valley, à travers des exemples français et différents projets européens en cours.

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Les outils numériques doivent venir en soutien des agriculteurs pour atteindre l’objectif de transformation des systèmes agricoles vers l’agroécologie.
© Chambre d'agriculture 47

En quoi l’utilisation des outils numériques peut-elle aider les producteurs à accompagner, voire accélérer, leur transition vers plus d’agroécologie ? C’était la thématique du symposium du pôle de compétitivité Végépolys Valley, en janvier pendant le Sival 2025. Depuis les années 2000, les travaux relatifs à l’agroécologie ont pris de l’ampleur. « L’agroécologie est à la fois une discipline scientifique, qui s’applique à l’échelle d’une parcelle, d’une exploitation, d’un agroécosystème, et même jusqu’au système alimentaire ; un mouvement environnementaliste ou politique ; et un ensemble de pratiques agricoles : couverts végétaux, moindre travail du sol, lutte biologique, fertilisation organique… », indique Alexander Wezel, directeur de recherche à l’Isara, école d’ingénieurs en agronomie.

Concevoir des systèmes agricoles et alimentaires durables

Il y a quelques années, treize principes de l’agroécologie ont été définis, parmi lesquels : le recyclage, la réduction des intrants, la santé du sol, la santé animale, la biodiversité, la diversification économique des exploitations, la cocréation de savoirs, la connexion entre les différents acteurs, les valeurs sociales… Le but de l’agroécologie est de concevoir des systèmes agricoles et alimentaires durables.

« L’agroécologie est un mouvement qui s’accélère dans différentes régions du monde. Une transition est engagée, mais on peut parler d’agroécologies au pluriel, car ce terme recouvre une grande diversité de disciplines et de pratiques », précise Alexander Wezel. Certaines politiques favorisent au moins en partie le développement de l’agroécologie. La France est le premier pays dans le monde à adopter une loi relative à l’agroécologie, en 2014. « Aujourd’hui il y a davantage de preuves des performances socio-économiques de l’agroécologie, documentées par la recherche, assure le spécialiste. Elles montrent que l’agroécologie peut aussi être bénéfique économiquement pour la majorité des agriculteurs. »

« L’agroécologisation de la numérisation » est une voie à envisager

« Quand on parle de numérisation et de digitalisation à des agriculteurs qui se revendiquent fortement de l’agroécologie, ils sont assez frileux », note Vincent Dauby, chercheur à Agroecology Europe, une ONG européenne qui travaille au développement de l’agroécologie par la recherche et la communication. Des synergies peuvent-elles se faire entre les deux concepts ? « Agroécologie et numérique ne se recoupent pas forcément facilement mais ne s’opposent pas non plus, au contraire », assure le chercheur. Selon lui, « il est tout à fait possible d’utiliser les outils digitaux pour l’agroécologie ».

Mais ces outils doivent venir en soutien des agriculteurs, pour les aider à atteindre l’objectif de transformation des systèmes agricoles vers l’agroécologie. « Les outils digitaux doivent aider à appliquer les treize principes de l’agroécologie, mais ils doivent aussi eux-mêmes respecter ces treize principes : assurer l’autonomie des agriculteurs, faciliter les échanges entre les agriculteurs, présenter un risque limité de dépendance à l’outil… », estime Vincent Dauby.

Ainsi, « l’agroécologisation de la numérisation » est une voie à envisager, en appliquant les principes de l’agroécologie aux outils numériques. Dans le cadre du projet Path2DEA, des ateliers réunissant agriculteurs, conseillers mais aussi fournisseurs de solutions numériques et chercheurs ont permis de faire remonter des pratiques d’utilisation des outils numériques par les acteurs agricoles sur le terrain.

Simplification de la gestion de données

« Les agriculteurs et conseillers agricoles remontent surtout une vision positive des solutions digitales au quotidien. Par exemple, les outils leur apportent du confort de travail, leur permettent de planifier, d’optimiser les ressources humaines, les intrants, du temps et de l’argent… Ils concourent à une simplification de la gestion de données, avec la possibilité d’accéder aux historiques de données », décrit Clémence Monot, de Végépolys Valley. Les aspects négatifs des outils numériques sont rarement évoqués spontanément. Mais quand on interroge les utilisateurs sur leurs inconvénients, le coût et la complexité d’utilisation ressortent, avec des craintes sur l’exactitude des recommandations formulées par l’outil.

Les différentes catégories d’acteurs utilisent a priori les mêmes outils, mais ils n’ont pas la même utilisation des mêmes outils. Les agriculteurs les utilisent plutôt pour planifier, les conseillers plutôt pour communiquer, les chercheurs pour avoir accès à des données précises… Pour Vincent Levavasseur, président du Centre national de l’agroécologie, une approche « open source » du numérique est essentielle pour convertir un maximum d’utilisateurs. « Une gestion commune des données permet de faire avancer la science. Actuellement les bases de données ne dialoguent pas entre elles. On a maintenant énormément d’outils et de logiciels à disposition, mais comment faire de la science avec tout ça ? » interroge-t-il, en appelant à la création d’un « commun numérique ».

En pratique

Afin de combler le manque d’informations sur les outils existants, un « inventaire des solutions numériques pour faciliter la transition agroécologique du secteur agricole, depuis la parcelle jusqu’au consommateur final » a été réalisé par Végépolys Valley en interrogeant différents fournisseurs d’outils numériques des réseaux Végépolys Valley et La Ferme digitale.

Au total, 41 outils ont été recensés et catégorisés, avec pour chacun un descriptif de ce qu’ils font, comment ils sont disponibles et leur intérêt par rapport à l’agroécologie. L’inventaire peut être téléchargé sur le site de Végépolys Valley.

Trois outils numériques destinés aux producteurs et conseillers

Landfiles est une plateforme collaborative permettant aux agriculteurs de partager leurs pratiques agroécologiques en groupe tout en maîtrisant leurs données. Simple et intuitive, elle facilite l’échange d’expériences, le stockage d’informations sur les parcelles (textes, photos, données structurées) et l’analyse à long terme. Certains l’utilisent comme une messagerie avec historique conservé, d’autres pour une collecte et un suivi approfondis des données. Landfiles collabore notamment avec des chambres d’agriculture et des coopératives.

L’application Poderi, développée dans le cadre du projet européen H2020 Fairshare, vise à faciliter la numérisation du secteur oléicole en Italie, notamment pour les petites exploitations. Conçue en collaboration avec des agronomes, cette web-app permet d’optimiser la fertilisation, l’irrigation et la lutte contre la mouche de l’olivier grâce à des systèmes d’aide à la décision basés sur des modèles de simulation et l’intelligence artificielle. Elle inclut aussi des fonctionnalités de suivi des cultures et de communication entre agronomes et agriculteurs.

La start-up Syndev a développé Synapps, une application utilisant l’intelligence artificielle pour accompagner les agriculteurs dans la transition agroécologique. Face au manque d’informations sur les biosolutions, l’IA permet d’analyser des données complexes (sol, climat, produits…) et d’aider à la prise de décision. Synapps repose sur une base de données intégrant 4 800 produits et 15 000 usages, afin d’assurer un conseil précis et personnalisé. L’application permet aux agriculteurs de créer un profil détaillé et de recevoir des recommandations adaptées.

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