Quels leviers actionner pour réduire sa consommation de GNR ?
Un engin agricole motorisé mal utilisé ou à l’entretien négligé affiche une surconsommation de gazole non routier (GNR) pouvant aller jusqu’à 40 %, vis-à-vis d’un modèle bien réglé et conduit de manière optimale. Il s’avère donc important de mettre en place des actions pour abaisser le coût du poste carburant.
Un engin agricole motorisé mal utilisé ou à l’entretien négligé affiche une surconsommation de gazole non routier (GNR) pouvant aller jusqu’à 40 %, vis-à-vis d’un modèle bien réglé et conduit de manière optimale. Il s’avère donc important de mettre en place des actions pour abaisser le coût du poste carburant.
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Le prix du gazole non routier (GNR) s’est envolé depuis la fin de l’année 2020. Il affiche une moyenne en 2024 de 0,7891 €/l HT, contre 0,4322 en 2019. Pour pallier cette envolée tarifaire, les agriculteurs sont en quête de solutions, afin de réduire la consommation de carburant de leur machine et par conséquent stabiliser, voire diminuer les charges de l’exploitation. Avant d’entamer toute démarche pour baisser la consommation de carburant, il peut être utile de réaliser un bilan de santé du tracteur par le passage au banc de puissance. En effet, ce dernier, en mesurant le couple et la puissance en fonction de la consommation de carburant, sera à même de déceler des éventuelles anomalies de fonctionnement du moteur.
La solution la moins onéreuse pour réduire sa consommation de GNR résulte d’une machine bien réglée et bien ménagée.
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Ne pas laisser le moteur tourner au ralenti
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Il est judicieux de couper le moteur, lorsque le tracteur ou l’engin de manutention est immobilisé au ralenti. D’après une étude des fédérations de Cuma, pour un tracteur de 150 ch, la consommation moyenne au ralenti est d’environ 3,5 l/h. Comme il suffit d’uniquement 7 g de carburant pour redémarrer le moteur, il devient rentable économiquement de l’arrêter au-delà d’une minute lorsque celui-ci est à sa température optimale de fonctionnement.
Adapter la taille du tracteur aux travaux à réaliser
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Il est crucial d’utiliser un tracteur adapté à la taille de l’outil. En sous-exploitant le moteur, ce dernier ne travaille pas à son rendement optimum. Les essais réalisés par les chambres d’agricultures de France démontrent que pour un même andaineur de 7,50 m de largeur de travail, un tracteur de 135 ch consomme 3,2 l/ha de carburant, contre 1,8 l/ha pour un modèle de 85 ch. La surconsommation, due au mauvais dimensionnement du tracteur, peut atteindre dans certains cas jusqu’à 60 %.
Respecter le rapport poids puissance
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Dans le cas d’opérations de traction lourde (charrue, déchaumeur, décompacteur, etc.), un tracteur ne respectant pas le bon rapport poids puissance, déplace inutilement de la masse, lorsqu’il travaille à plus de 6 km/h. Il affiche par conséquent une consommation de GNR plus élevée. Selon Julien Hérault, conseiller machinisme indépendant national, ce ratio était historiquement de 50 kg par cheval. Aujourd’hui, avec l’augmentation des puissances moteur, ce rapport est réduit à 35-40 kg par cheval.
Privilégier le régime Éco de la prise de force
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Le régime économique de la prise de force est à utiliser dans le cas où le tracteur n’arrive pas à atteindre sa pleine charge avec un outil animé. Dans cette situation-ci, la surconsommation de carburant due à la non-utilisation de ce régime se situe entre 20 et 30 %.
Lester à bon escient
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Bien que le démontage ou le montage des masses puisse être fastidieux, il est important de prendre le temps de les ôter dans le cadre de travaux nécessitant peu d’adhérence ou de transport. En effet, d’après les propos de Jean-Noël Boissières, entrepreneur de travaux agricoles à Siran (Cantal), dans la revue Le Sillon de John Deere, déplacer 600 kg de masse avec un tracteur de 150 ch augmente la consommation d’environ 1,5 l/h. De même, sur l’asphalte, pour chaque tonne supplémentaire infligée au tracteur, la consommation de carburant s’accentue de 5 %. À l’inverse, selon Julien Hérault, pour de la traction lourde ou à une vitesse inférieure à 6-8 km/h, il est essentiel d’ajouter du poids pour augmenter la capacité de traction. Sous-lester le tracteur augmente le patinage et par conséquent la consommation à l’hectare.
Être attentif à la pression des pneumatiques
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Une mauvaise pression de gonflage des pneumatiques pour des travaux au champ peut représenter en moyenne une surconsommation de carburant allant de 15 à 30 %. Sur un sol mou, il est recommandé de l’abaisser en respectant les abaques fournit par les manufacturiers. Sur un sol dur ou sur l’asphalte, une pression élevée évite le phénomène d’écrasement du pneumatique, donc sa résistance au roulement. Sur la route, diminuer la pression de 0,3 bar vis-à-vis du référentiel optimal augmente la résistance au roulement de 6 % et de 30 % pour un pneumatique dégonflé d’un bar. En effet, d’après les études de Julien Hérault, la résistance au roulement correspond au ratio entre le rayon de la roue et la longueur du pneu au contact du sol. Par ailleurs, l’utilisation de roues avec le diamètre le plus grand techniquement admissible par le tracteur, joue en faveur de l’économie de carburant. En effet, une grande roue est moins tirante et moins résistante au roulement. Dans le cas d’un système à chenilles, un galet d’attaque de grand diamètre réduira la résistance au roulement sur sol mou.
Opter pour le guidage, voire l’autoguidage
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En plus d’améliorer la précision du travail et le confort de l’opérateur, l’utilisation du guidage ou de l’autoguidage par GPS procure une économie de carburant de l’ordre de 5 à 10 % pour l’ensemble des travaux au champ. D’après une publication de la DREAL (1) Normandie, cela représente jusqu’à 13 % au travail du sol, 5 % au semis et 2 % à la pulvérisation. Une exploitation céréalière de 190 hectares utilisant l’autoguidage RTK lors de tous ses passages sur les parcelles pendant une année peut espérer économiser environ 830 litres de carburant.
Régler les outils à la bonne profondeur
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Un mauvais réglage de l’outil peut accroître la consommation de carburant de 10 à 30 %, selon le type de matériel et le défaut d’ajustement. Par exemple, pour une charrue, un réglage imparfait du dévers accentue le patinage du tracteur. Lorsque ce dernier critère dépasse 15 %, la surconsommation de carburant devient significative. D’après les expertises de Julien Hérault, la variation de la profondeur de travail, quel que soit l’outil non animé, joue sur la consommation en GNR. Cette dernière est proportionnelle au volume de terre travaillé. À savoir, le tracteur voit sa consommation augmenter de 0,8 à 1 litre par hectare pour chaque centimètre de profondeur supplémentaire. Par exemple, en passant de 10 à 20 cm de profondeur de travail, la consommation augmente entre 8 et 10 litres par hectare.
Adopter une conduite souple sur la route
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Inutile de montrer ses chevaux sur la route. La conduite la plus optimale est celle qui sollicite le couple maximal et ce, à bas régime moteur. Ne pas hésiter à sélectionner un rapport de transmission supérieur. Les courbes éditées par le banc de puissance sont de bons indicateurs pour exploiter au mieux les caractéristiques du moteur.
S’assurer que le moteur respire bien
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L’entretien régulier, notamment le soufflage périodique du filtre à air et des radiateurs, permet au tracteur de respirer convenablement. Dans le cas contraire, une surconsommation pourrait se faire ressentir. Il en va aussi de la longévité du moteur.
Garder son tracteur en bonne santé
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Le non-respect de l’entretien périodique (vidange, filtres à air et gazole) est responsable d’une consommation de carburant excessive à hauteur de 10 à 20 %. En effet, l’huile moteur, en se dégradant, perd son pouvoir lubrifiant pour les pièces en friction. De même un filtre à carburant colmaté est plus impactant qu’un filtre à air sale. Cela accentue l’usure du moteur et par conséquent la surconsommation.
Travailler avec la plus haute consommation de GNR à l’heure
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« Votre tracteur est à son régime le plus économique en carburant à l’hectare, dès lors qu’il est à pleine charge », annonce d’emblée Julien Hérault. Cette affirmation est exacte lors des travaux de traction (charrue, déchaumeur, décompacteur, etc.) et dans le cas d’une bonne utilisation et d’un bon réglage de l’outil attelé. « Le banc de puissance réalise les courbes de mesures en mettant à bout de souffle le moteur du tracteur », poursuit-il. Ces données sont alors à interpréter dans le même sens. Pour atteindre au champ les capacités annoncées par le banc, le chauffeur a juste à pousser le manche pour mettre son tracteur à pleine charge. « La consommation minimale à l’hectare est obtenue lorsque la consommation maximale à l’heure est atteinte », souligne fermement l’expert. En condition de traction, un tracteur à pleine charge utilise en moyenne 0,22 l de GNR par cheval et par heure. « En multipliant ce chiffre par la puissance en chevaux du tracteur, vous obtiendrez la consommation à l’heure à suivre pour travailler de la manière la plus économe à l’hectare », termine le conseiller machinisme Julien Hérault.