Fièvre catarrhale ovine
Fièvre catarrhale ovine - Il manque des veaux à l'appel
Tous les témoignages de terrain vont dans le même sens : vaches vides, avortements, mortalité accrue ; il va manquer des veaux à cause de l'épidémie de FCO de l'été dernier.
Va-t-il manquer des broutards sur le marché à l'automne prochain ? « Oui probablement »: la réponse revient invariablement chez tous les intervenants de terrain, vétérinaires, GDS... Plus de vaches vides qu'à l'accoutumée, des avortements en surnombre, une recrudescence de veaux anormaux non viables: la fièvre catarrhale ovine aura des conséquences néfastes sur la productivité des cheptels en 2009 et, au-delà, sur la conduite des élevages car les retards de vêlages ne se rattrapent pas instantanément. « On a entendu dire que la fièvre catarrhale, ce n'était pas grand chose chez les bovins. Mais, n'oublions pas qu'elle a un impact important sur la fonction reproduction », rappelle le docteur Didier Guérin, directeur du GDS de la Creuse. De nombreux GDS sont en train de conduire des enquêtes auprès des éleveurs et des vétérinaires pour préciser les échos de terrain.Tous les premiers résultats vont dans le même sens.
5 % de veaux en moins dans la Creuse
Dans la Creuse, sur la période d'août à décembre, le nombre de naissance a reculé de 4,6 % par rapport à 2007 alors que la tendance des années précédentes était plutôt à un avancement des vêlages sur l'automne. Augmentation également du nombre d'avortements (23 % de plus) et du nombre de veaux morts (180 de plus) pour cause de malformations du système nerveux. Ce sont les vaches qui étaient autour de leur troisième mois de gestation lors du passage du virus qui sont le plus concernées par ces veaux mal formés. Au total, sur cette période, qui dans la Creuse voit naître habituellement autour de 70 000 veaux, il en manque 3 400, soit 5 %. Attention à ne pas tout mettre sur le dos de la FCO, prévient néanmoins Didier Guérin : « Un partie du décalage des vêlages est due à l'alimentation de l'hiver précédent, de mauvaise qualité, qui est à l'origine d'anoestrus plus longs. »
Résurgence de certaines maladies
Le GDS de Saône-et-Loire a réalisé une enquête auprès de 58 élevages. Chez ceux qui font des diagnostics de gestation, elle révèle un taux de vaches et génisses vides de 13,9 % en 2008 contre 10,3 % en 2007, mais l'écart est nettement plus important sur les génisses (8 %). L'EDE du Puy-de-Dôme signale de son côté, qu'au second semestre 2008, la mortalité sur les veaux de moins de 3 mois nés dans les élevages déclarés foyers FCO a augmenté de 24 %. Et pour l'ensemble des élevages bovins du département, la mortalité néonatale s'est accrue de 13 %. Il y a quelques mois, le GDS de l'Allier s'est penché sur les cas d'avortements en recherchant les pathologies en cause. Un tiers seulement auraient été provoqués directement par la FCO, d'autres maladies abortives ayant été mises en évidence pour les autres cas. « Cela conforte le fait que la FCO abaisse les défenses immunitaires de l'animal et rompt l'équilibre sanitaire, ce qui permet la résurgence de certaines maladies », commente Marc Rouméas, directeur du GDS.
Situations extrêmement variables
Le docteur Jacques Manière, vétérinaire dans la Nièvre, observe lui aussi « pas mal d'avortements et de veaux anormaux ». Il estime qu'il y aurait de l'ordre de 3 à 4 % de veaux aux « symptômes bizarres ». Mais, il note surtout un « patchwork de situations extrêmement variables », avec des exploitations peu affectées et d'autres fortement touchées. « Nous voyons un très gros écart entre ceux qui ont vacciné très tôt et ceux qui l'ont fait plus tardivement. » Certains élevages ont jusqu'à 25 - 30 % de vaches vides. « Ce sont des éleveurs qui ont retiré le taureau assez vite du troupeau alors que ceux qui l'ont laissé plus longtemps ont moins de vaches vides mais plutôt des retards de vêlages. Le problème des vaches vides vient plus des taureaux que des vaches elles-mêmes. Les mâles sont restés stériles pendant deux mois, voire plus, alors que l'impact de la maladie sur la reproduction des vaches est plus limité dans le temps. » Le constat est néanmoins unanime : ce sont les élevages qui ont vacciné trop tardivement par rapport à la circulation virale, soit parce que les vaccins n'étaient pas disponibles, soit parce qu'ils ont attendu les premiers symptômes pour réagir, qui sont le plus affectés par des problèmes de reproduction. Dans la Creuse, proche du front de l'infection, le Nord-Est du département est plus touché que le Sud-Ouest qui a eu le temps de vacciner avant le passage du virus. Et, si on signale ici ou là quelques cheptels touchés, bien que vaccinés de bonne heure, « collectivement il n'y a pas photo entre ceux qui étaient vaccinés plus tôt et les autres », estime Didier Guérin.
Les revirements de position des Italiens deviennent insupportables
Si les voies du Seigneur sont impénétrables, celles des autorités italiennes de la santé animale ne le sont pas moins. Quel moucheron les a piquées en ce début d'année? Après avoir justifié un mois plus tôt de nouvelles règles commerciales par le fait que le culicoïdes serait en sommeil jusqu'au 1er mars, et pas un jour de plus, ne voilà t-il pas qu'elles invoquent de nouveau les conditions météorologiques pour prolonger d'un mois l'entrée d'animaux non vaccinés sur leur territoire.Trop c'est trop. Alors que les éleveurs et les opérateurs commerciaux se soumettent depuis un an à leurs décisions le plus souvent imposées aux mépris des accords communautaires, qu'ils subissent un marché complètement chaotique et qu'ils ont pris soin de vacciner leurs broutards en temps et heure, ils constatent amèrement que cela n'aurait pas été forcément nécessaire pour les animaux commercialisés en janvier. Du vaccin jeté par la fenêtre alors qu'il arrive au compte-goutte pour le cheptel de souche et que la fin de l'hiver va être particulièrement tendue pour vacciner avant la mise à l'herbe. De l'argent dépensé pour rien alors que beaucoup de trésorerie sont exsangues. Une incohérence qui donne raison aux éleveurs qui n'ont pas pris la peine de vacciner et peuvent se gausser de leurs voisins qui se sont pliés à la règle. Une mise en cause de la crédibilité des organismes qui se démènent pour organiser au mieux la campagne de vaccination... Cela devient insupportable.
Signature d'un accord avec l'Espagne
Un accord vient d'être signé entre la France et l'Espagne pour alléger les conditions de circulation des animaux entre les deux pays. Jusqu'au 31 mars prochain, les bovins de plus de 90 jours pourront être introduits en Espagne sans délai après réalisation de la vaccination. Ils doivent être vaccinés contre les deux sérotypes s'ils proviennent de la zone réglementée 1-8 et au moins contre le sérotype 8 s'ils proviennent de la zone vaccinale 1-8. Les autorités sanitaires des deux pays se sont engagées à étudier de nouvelles dispositions avant le 31 mars, pour maintenir des conditions favorables de mouvements, affirme le ministère français de l'Agriculture.