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Filière porcine
Les producteurs dénoncent les marges des grandes enseignes

Depuis trois ans les producteurs de porcs connaissent une situation catastrophique. Alors que la relance se fait attendre, les prix restent au plus bas et ils produisent à perte. Les professionnels demandent toujours une meilleure répartition des marges avec les grandes surfaces.

Les agriculteurs creusois sont allés au Simply Market de Gouzon pour effectuer des relevés de prix sur des produits de grande consommation.
Les agriculteurs creusois sont allés au Simply Market de Gouzon pour effectuer des relevés de prix sur des produits de grande consommation.
© D.R.

Le ras le bol. Face à des cours toujours au-dessous du prix de revient, les producteurs ne voient pas la fin d'une crise qui dure depuis trois ans. Et les sections régionales porcines de sept régions, dont l'Auvergne et le Limousin, viennent de publier un communiqué de presse pour demander enfin une moralisation des marchés : « Alors que leur détresse s'accentue chaque jour, des marges énormes se font sur leurs produits sans aucun retour à la production. » Des mots qui se résument encore mieux en chiffres. Le prix payé à l'éleveur de porcs s'élève à 1,10 euro du kilo, ce qui correspond au niveau le plus bas depuis quatre ans, soit une perte pour l'éleveur de 0,30 euro du kilo. La grande distribution achète le porc 2 euros le kilo à l'abatteur transformateur, tandis que le consommateur doit débourser 6,40 euros le kilo dans les rayons. Les éleveurs déplorent « l'incapacité des entreprises d'abattages découpes à résister aux pressions des grandes et moyennes surfaces et ceci malgré de nombreuses restructurations ».

Passés à l’action

Et la situation de la filière porcine dans le Massif central ? Les élevages dans la région sont à taille humaine avec une centaine de truies en moyenne, trois fois moins qu'en Bretagne. « C'est catastrophique, résume Guy Christian, président de la section porcine d’Auvergne. Nous avons des dépôts de bilan. D'ici trois ans, je crains pour la survie de la moitié de nos exploitations. » Et la consommation, pourtant attendue, ne repart pas. Le nœud du problème se situe dans les négociations avec les grandes et moyennes surfaces, assure le responsable syndical. « Les abatteurs et les groupement ne vendent pas le porc, ils le placent. Mais avec des prix comme aujourd'hui, personne ne trouve son compte sauf les grandes surfaces. »

Les producteurs de porcs sont d'ores et déjà passés à l'action mercredi 23 décembre. D'abord à Aurillac où ils ont sensibilisé les consommateurs en distribuant des tracts devant Leclerc et une autre enseigne liée à Auchan. « Nous avons rencontré les directeurs de magasin pour les mettre en garde, précise Guy Christian. En cas de promotion trop fortes en janvier, nous reviendrons, cette fois pour bloquer les magasins. »

Ce même jour, une action plus musclée à Tulle aura permis le blocage de trois grandes surfaces : Auchan, Lidl et Aldi. Et en Creuse, les agriculteurs sont allés au Simply Market de Gouzon pour effectuer des relevés de prix sur des produits de grande consommation tels que la charcuterie, la boucherie et les produits laitiers, tout en dénonçant les marges abusives des grandes surfaces (voir en page 3).

Si les prix n'évoluent pas, d'autres actions syndicales sont programmées. Les éleveurs du Limousin ont discuté d'actions de « blocage de tous les outils économiques et organisations économiques qui se rendraient complices de la dégradation des prix minimum. » Et ils prévoient la création d'un réseau d'éleveurs chargé de surveiller les pratiques commerciales de tous les distributeurs. Pour peser à Paris sur la loi de modernisation de l'agriculture, les producteurs ont rencontré le préfet de Corrèze. Ils ont également demandé un entretien avec le préfet de région pour faire le point sur la question.

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