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« Les biocarburants sont comme une police d'assurance », note Dennis Voznesenski

Dennis Voznesenski, expert des marchés des céréales, a publié son livre "War and Wheat, navigating during global conflict" (Guerre et blé, naviguer sur les marchés durant les conflits mondiaux), au cours de l'été 2024.

photo livre
Dennis Voznesenski nous offre dans son livre un point assez complet des effets de la guerre sur les marchés des céréales.
© Kévin Cler, La Dépêche Le petit meunier

« Les biocarburants sont comme une police d'assurance. En temps de conflit, ils permettent d'absorber un potentiel excès d'offre de grains, et d'encourager les agriculteurs à resemer lors de mauvaises moissons », explique Dennis Voznesenski, expert des marchés des céréales. C'est la principale conclusion de son dernier livre intitulé "War and Wheat, navigating during global conflict" (Guerre et blé, naviguer sur les marchés durant les conflits mondiaux), publié durant l'été 2024.

Lire aussi : Blé en Russie : de premières projections pour 2025-2026, à prendre avec des pincettes

L'Australie a restreint les mouvements de blé à l'export et... dans son propre territoire lors des conflits mondiaux

L'ouvrage fait essentiellement un bilan des principaux évènements ayant affecté le commerce des céréales et des oléagineux durant la première et la seconde guerre mondiales. On y apprend par exemple que l'Australie a dû instaurer des restrictions aux mouvements de grains à l'export, réquisitionner des navires, voire même limiter la circulation des matières premières entre les Etats de sa propre fédération lors des grands conflits mondiaux. Ou encore que la Roumanie a brûlé la presque intégralité de ses stocks de blé durant la première guerre mondiale, avec l'aide des Britanniques, afin que les Allemands, qui envahissaient le territoire, ne puissent mettre la main dessus. Autre piquante anecdote : malgré le pacte germano-soviétique, les Russes ont tout fait pour limiter les échanges de grains et de pétrole avec l'Allemagne, ce qui a en partie justifié l'opération Barbarossa en juin 1941 aux yeux d'Adolf Hitler.

La Roumanie a brûlé la presque intégralité de ses stocks de blé durant la première guerre mondiale, avec l'aide des Britanniques, afin que les Allemands, qui envahissaient le territoire, ne puissent mettre la main dessus, peut-on lire dans l'ouvrage  "War and Wheat, navigating during global conflict".

Conclusion, les guerres mondiales (et même locales dans certains cas) ont toujours provoqué des bouleversements sur le commerce des grains : effets sur l'offre, la demande, agissant sur les prix, mais aussi des changements de routes commerciales. L'auteur explique que la filière australienne céréales/oléagineux a connu de grosses difficultés lors des grands conflits. Lors de mauvaises récoltes, le pays a donc dû restreindre ses exportations. Lors de bonnes moissons, il n'avait ni les moyens de stocker, faute de silos, ni les moyens d'exporter, ne disposant pas de la flotte suffisante.

Lors de bonnes moissons, l'Australie n'avait ni les moyens de stocker, faute de silos, ni les moyens d'exporter, ne disposant pas de la flotte suffisante durant les conflits mondiaux, rapporte Dennis Voznesenski.

Une filière biocarburants en Australie avait déjà été envisagée...

Durant les périodes de crises (1914-1918 et 1939-1945), les autorités australiennes avaient déjà réfléchi à instaurer une filière biocarburants, capable d'absorber les excès de récolte, ou de stimuler les semis en cas de production insuffisante. Mais sans succès, indique l'ouvrage. Les principales raisons : les importants moyens financiers requis et les craintes d'une concurrence trop importante entre débouchés alimentaire et énergétique.

L'Australie n'a pas suffisamment retenu les leçons du passé selon l'auteur 

Pour autant, Dennis Voznesenski juge qu'aujourd'hui, malgré les évènements du passé, l'Australie n'a toujours pas les infrastructures nécessaires pour gérer les flux de grains en cas de guerre ou de crise notoire (par exemple : l'avènement de la COVID-19 ou encore la guerre en Ukraine, au Moyen-Orient, etc.). Selon lui, les responsables politiques australiens n'ont pas suffisamment retenus les leçons du passé, et ont sous-estimé les avantages des biocarburants. « En plus de mieux gérer les surplus ou déficit d'offre, une filière biocarburants permet de subvenir à une partie des besoins en énergie fossile nécessaires à toutes les activités humaines, et de produire des matières premières pour la filière animale ». En effet, l'Australie importe la quasi totalité de ses besoins en pétrole. Et exporter des produits carnés requiert moins de navires que les grains, puisqu'il faut plusieurs kilos de céréales pour produire un kilo de viande, rappelle Dennis Voznesenski.

Les biocarburants : c'est cher en temps de paix, mais encore plus en temps de guerre

C'est pour toutes ces raisons qu'une filière biocarburants constituerait une police d'assurance, d'après le spécialiste. « Il vaut mieux mettre en place ce genre de filière en temps de paix, car cela coûtera beaucoup plus cher en période de guerre », conclut-il.

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