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« Face à la sharka, j'ai placé mon verger d'abricotiers sous filet insect-proof fermé 12 mois sur 12 »

En Roussillon, Julien Rous a installé des filets insect-proof pour en finir avec les dégâts de la sharka sur abricot. L’expérience est concluante mais nécessite des ajustements importants.

Il faut parfois oser, faire ce que personne d’autre n’a fait, pour se sortir d’un mauvais pas. C’est ce qu'a fait Julien Rous dans son verger couvert à Corbères-les-Cabanes, non loin de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Son exploitation compte une quinzaine d’hectares, 1,5 hectare de pêches et nectarines et 1 hectare d’abricots. Il est certifié bio et apporte sa production à Coop Latour.

Face au problème de la sharka qui continue à ravager les vergers de pêchers dans les Pyrénées-Orientales, en particulier dans la vallée de la Têt, cœur du bassin de production, l’arboriculteur a mis en œuvre une solution en plaçant son verger sous un filet insect-proof fermé 12 mois sur 12. Il a d’abord conduit un test sur un peu moins d’un hectare en 2019. Puis devant le succès de l’opération, il a étendu la surface couverte. En 2024, 2,25 hectares sont couverts et l’arboriculteur a prévu de poursuivre en couvrant 1,6 hectare de plus d’ici à l’année prochaine.

Économies d’eau et rendements

« L’objectif est de protéger un tiers de mon verger à terme », explique Julien Rous. S’il étend les surfaces couvertes en dépit de l’investissement, autour de 40 000 euros à l’hectare, 30 000 pour le matériel et 10 000 pour la pose par une entreprise spécialisée, c’est que l’amortissement se fait en cinq ans et que c’est très efficace. Depuis la mise en place des filets, il n’a abattu aucun des arbres protégés alors qu’à l’extérieur l’hécatombe continue au rythme de 3 % des arbres par an, 500 cette année. L’histoire pourrait s’arrêter là sur ce constat trop beau. Mais, il y a des effets secondaires. Le filet, avec des mailles de 0,85 x 0,85 millimètre, a modifié l’environnement de manière assez sensible et Julien Rous a dû adapter la conduite du verger. Notamment au niveau de l’apport de l’eau. « Le filet maintient beaucoup l’humidité dans le verger, il a donc fallu que je réduise très sensiblement l’irrigation. »

Au bout de six ans, il est parvenu à diminuer les volumes d’eau utilisés de 23 % mais espère maintenant atteindre 30 % d’économie avec l’utilisation de sondes tensiométriques. Cette réduction des apports d’eau vise à mieux maîtriser la vigueur des arbres, qui est accentuée par la combinaison de la disponibilité de la ressource et du couple porte-greffe-variété. « Je me suis rendu compte que la rangée au bord, celle qui est sous la haie, est plus sèche et produit des fruits moins gros, donc une piste est de limiter l’apport en eau. Sous le filet, j’arrive à 80 % de calibre A, voire comme cette année du 2A, ce qui n’est pas évident quand on produit en bio, marché qui privilégie les calibres plus modestes », explique-t-il. Les rendements sont en revanche égaux à ceux obtenus en plein air. En hiver, il fait plus froid à l’intérieur qu’à l’extérieur et la température est un peu plus lente à remonter, a-t-il également remarqué. Quant aux filets, il a changé les premiers au bout de six ans.

Des corrections importantes à apporter

L’isolation du verger a aussi les inconvénients de ses qualités. Les mailles des filets sont suffisamment fines pour que les pucerons vecteurs de la sharka ne parviennent pas à pénétrer dans l’enceinte, mais tout une cohorte d’autres insectes sont aussi bloqués à l’extérieur. Point positif, la mouche méditerranéenne n’entre pas, mais aussi les auxiliaires naturellement présents dans les vergers.

« J’ai été confronté aux araignées rouges sous le filet, chose que je n’avais plus vue depuis longtemps », reconnaît Julien Rous qui a mis en place une stratégie de lutte intégrée pour remédier à cette absence de prédateurs naturels des ravageurs. « Nous avons notamment introduit des auxiliaires, Orius et syrphes pour compenser la perte des auxiliaires naturels. » Cette année 2024 s’est aussi traduite par l’apparition, pour la première fois, d’un peu de tordeuses qu’il gérera avec la confusion sexuelle en 2025. Si Julien Rous a su trouver un relatif équilibre, il reste encore des corrections importantes à apporter au système.

Peu de fruits boisés et pas d’assurance

Selon lui, une évolution du choix du matériel végétal doit permettre de répondre à plusieurs problématiques. Celle de la vigueur des arbres qu’il faut contenir et aussi celle de la couleur des fruits. « Le filet réduit la luminosité d’environ un quart, donc il faut se tourner vers des variétés qui colorent bien », explique-t-il. Le filet protège aussi de la grêle naturellement, et évite d’avoir recours à l’assurance. « Le verger est aussi protégé de la tramontane par une haie, pour ménager le filet. Et les deux combinés rendent nul l’effet du vent, on a donc très peu de fruits boisés, c’est intéressant pour les questions d’aspect. »

La modification des conditions sous le filet a aussi accéléré le développement des arbres. « J’ai pu faire une première petite récolte au bout de deux ans et les arbres sont à leur potentiel dès la quatrième année », commente l’arboriculteur. La parcelle a fait l’objet d’un suivi de la chambre d’agriculture depuis son installation. Sous le filet c’est une combinaison GF677 x Monclaire qui a été plantée et Montclar x Monclaire à l’extérieur (combinaison un peu moins vigoureuse que la première). En troisième feuille les écarts sont sensibles avec 16 tonnes par hectare, dont 14,7 commercialisables, contre 14,3 tonnes par hectare et 11,9 commercialisables en plein air. En quatrième feuille, la parcelle sous filet a donné 26 tonnes par hectare, dont 23,4 commercialisables.

Les limites du système

Un investissement lourd, 40 000 euros sans les subventions.

La chaleur qui favorise aussi la pousse des adventices et la prolifération des escargots et des limaces.

L’usure du filet supérieur à cause du frottement des branches.

La perte de surface plantée à cause de l’installation (7 %).

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