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Diversification : le houblon surfe sur la vague des brasseries artisanales

Toutes les régions voient le fort développement des brasseries artisanales. En parallèle, des agriculteurs se muent en néo-houblonniers. L’investissement de départ est lourd. Exemple en Normandie.

Le nombre de brasseries artisanales est passé de 529 en 2013 à plus de 2 000 actuellement en France. « En 2020, entre 70 et 80 % du houblon étaient importés des États-Unis, de Nouvelle-Zélande ou du Royaume-Uni, rapporte la société Hopen-Terre de houblon, qui développe des projets du Sud-Ouest jusqu’à la Beauce. L’offre française ne répond pas aux besoins en matière aromatique, d’approvisionnement bio et de service de vente adapté aux petites structures. »

Toutes les régions sont concernées par le développement des brasseries. À côté des bastions régionaux de l’Alsace et du Nord, des houblonnières de petite taille fleurissent un peu partout en parallèle des brasseries locales pour répondre à leurs besoins, avec une exigence de produit biologique pour la plupart. « Il y en a treize en Bretagne, vingt-huit en Nouvelle-Aquitaine, quatre en Centre-Val de Loire…, énumère Thibaut Verfaille, de l’Iteipmai (1). Les néo-houblonniers cultivent quelques hectares de houblon. » Pour nombre d’agriculteurs, c’est une diversification de production qui tombe à pic.

De 30 000 à 40 000 euros par hectare pour l’achat des plants

Cela reste un marché de niche avec à peine plus de 200 hectares de houblon bio en 2021 pour 159 houblonniers (sur 629 hectares de houblon en tout). « On peut produire 600 à 800 kilos par hectare (kg/ha) de houblon en sec pour une commercialisation à 35-40 euros le kilo (€/kg) en bio, présente Guillaume Mesnildrey, coordinateur de l’association Houblons de Normandie et chargé de mission à la chambre d’agriculture de la région. Les premiers houblons ont été cultivés en 2019 en Normandie, en réponse à un groupe de brasseurs qui était moteur dans la volonté de localiser leur approvisionnement. Nous comptons six houblonniers et deux en projet pour 15 à 20 hectares de surface en tout. »

L’investissement est lourd la première année de production. « Pour 1 hectare, il faut compter de 30 000 à 40 000 euros pour les plants, les poteaux et les câbles », présente Guillaume Mesnildrey. Le houblon est une liane pérenne qui produira plus de vingt ans, pouvant grimper à 7-8 mètres de haut. La plantation se fait soit avec des racines nues (rhizome), soit avec de jeunes plants en pots.

Le houblon demande un travail manuel assez important : la mise au fil au printemps quand les lianes sortent du sol avec leur enroulement autour des fils, le buttage, l’effeuillage sur un mètre de haut pour prévenir les attaques de bioagresseurs (mildiou, acariens), la récolte entre mi-août et fin septembre avec une cueilleuse séparant les cônes des lianes, les traitements (notamment contre le mildiou en Normandie).

Du matériel acheté d’occasion pour maîtriser les charges

Le choix des variétés est un enjeu crucial puisque nombre d’entre elles sont sous licence et donc non libres de droit. « Des houblons américains s’avèrent exceptionnels en termes d’arôme mais ce sont des variétés privées. Nos producteurs utilisent majoritairement des variétés anglaises bien adaptées au climat normand, ainsi que des variétés allemandes, tchèques dont certaines aromatiques appréciées des brasseurs », précise le spécialiste de la chambre d’agriculture.

« Chacun des producteurs normands a acheté du matériel d’occasion pour obtenir des prix raisonnables, de l’ordre de 20 000 à 25 000 euros pour la cueilleuse, quelques milliers d’euros pour l’équipement de séchage des cônes », chiffre Guillaume Mesnildrey. En revanche, pour la transformation des cônes en pellets, l’achat d’un matériel neuf a été mutualisé via une coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma). L’investissement est assez lourd avec un équipement sur remorque d’un montant de 50 000 euros. La Cuma a pu obtenir une aide financière de la région. En revanche, le matériel d’occasion n’est pas éligible aux subventions.

Les brasseries artisanales normandes sont passées de 6 en 2012 à 120 en 2023. Pour autant, les producteurs s’accordent à dire de lever le pied sur le développement du houblon pour éviter une surproduction. La crainte de tuer dans l’œuf ce marché de niche émergent.

(1) Institut technique interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles.

Un revenu brut de 20 000 €/ha en moyenne en 2022 en houblon bio

Selon une étude nationale de la filière houblon biologique réalisée par l’Agence bio, les coûts de production varient de 5 000 à 11 000 €/ha avec une moyenne à 8 300 €/ha en 2022. Le document ne comporte pas de données sur la marge à l’hectare. Les prix de vente en 2022 étaient de 35 €/ha en moyenne (entre 22 et 46,50 €) avec un rendement moyen du houblon bio à 791 kg/ha, mais avec de très fortes disparités en cette année marquée par la sécheresse. L’étude a calculé à 20 500 €/ha le revenu brut moyen tiré du houblon bio avec des écarts allant d’un peu moins de 2 000 €/ha à plus de 47 000 €/ha.

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