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Tri des biodéchets : flop annoncé pour la méthanisation agricole ?

Avec l'entrée en vigueur du tri à la source des déchets alimentaires des particuliers à partir du 1er janvier 2024, les agriculteurs pourraient profiter d'une nouvelle ressource via la méthanisation ou le compostage. Mais le potentiel énergétique espéré est bien loin de ce que certains auraient pu imaginer.

Avec l'entrée en vigueur du tri à la source des déchets alimentaires des particuliers à partir du 1er janvier 2024, les agriculteurs pourraient profiter d'une nouvelle ressource via la méthanisation ou le compostage. Mais le potentiel énergétique espéré est bien loin de ce que certains auraient pu imaginer.
Avec l'entrée en vigueur du tri à la source des déchets alimentaires des particuliers à partir du 1er janvier 2024, les agriculteurs pourraient profiter d'une nouvelle ressource via la méthanisation ou le compostage. Mais le potentiel énergétique espéré est bien loin de ce que certains auraient pu imaginer.
© Claudine Gérard/illustration

Chaque année, les Français produisent 83 kg de déchets alimentaires biodégradables par personne, soit 5 millions de tonnes pour l'ensemble des ménages, selon le syndicat des professionnels du recyclage par valorisation agronomique (Syprea). « Les biodéchets représentent encore un tiers du contenu de la poubelle résiduelle des Français, c'est-à-dire un tiers des déchets qui ne sont pas triés par les ménages », précise le ministère de la Transition écologique. Et d'ajouter qu'ils pourraient constituer un « gisement non négligeable » pour la production de biogaz ou d'engrais organique avec l'entrée en vigueur d'une nouvelle réglementation l'année prochaine. À compter du 1er janvier 2024, les collectivités seront en effet tenues de proposer à leurs administrés une solution de tri à la source des déchets biodégradables alimentaires, pour qu'ils soient valorisés via le compostage ou la méthanisation.
« Le biodéchet a un potentiel intrinsèque fort. Pour un kilo de matière organique, on peut faire entre 450 à 500 litres de méthane, quand on peut faire 150 à 200 litres de méthane par kilo de lisier de porc », précise Anne Trémier, directrice de l'unité Opaale au sein de l'Inrae. Selon Thomas Filiatre, chargé de projets méthanisation pour l'entreprise associative Solagro, « le gisement mobilisable a été évalué entre 5 et 9 TWh de biométhane, et environ 8 millions de tonnes de fertilisant naturel (digestat et compost, NDLR) pouvant se substituer aux engrais chimiques ».

Une ressource complémentaire
Prudent, il estime néanmoins qu'il faut prendre ces chiffres « avec des pincettes », puisque aujourd'hui « on manque encore de recul sur la captation de ce gisement ». « En quantité d'énergie que l'on peut espérer produire au vu des quantités disponibles, leur potentiel est vingt fois inférieur à celui des gisements agricoles », souligne Romain Girault, directeur adjoint de l'unité de recherche Opaale de l'Inrae au quotidien Les Echos.
Pour l'heure, la production de biogaz s'élève à 10 TWh en 2022, selon l'Inrae. À horizon 2050, la quantité de biomasse agricole mobilisable pour l'énergie en France métropolitaine permettrait de produire 120 à 130 TWh de biométhane, selon une étude menée en 2020 par les associations WWF et Solagro. « Dont 10 à 15 TWh des biodéchets », rapporte Thomas Filiatre.
Quant au compostage agricole, « il recouvre une diversité de situations », souligne Laurent Forray, chargé de mission pour Agriculteurs composteurs de France. Difficile donc d'en connaître l'étendue exacte, mais l'Ademe estime que la production de compost issu du traitement des déchets ménagers s'élevait à 3 millions de tonnes en 2020.
Autant dire que « ce n'est pas le potentiel énergétique » que certains s'imaginaient, rapporte Thomas Filiatre. À ses yeux, « il faut l'envisager comme un complément plus qu'une ressource unique ». Un avis partagé par Cécile Frédéricq, déléguée générale chez France gaz renouvelables, qui mise surtout sur les résidus agricoles et les cultures intermédiaires à valorisation énergétique (Cive).

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