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Comprendre l’abolitionnisme pour le combattre

Au terme de Terre 2017 (Assises de l’élevage et de l’alimentation organisées à Rennes le 11 septembre par Ouest France), le philosophe Francis Wolff est venu conclure sur les évolutions du statut de l’animal dans nos sociétés occidentales.

Le philosophe préfère parler de «bien traitance» au lieu de «bien-être animal».
Le philosophe préfère parler de «bien traitance» au lieu de «bien-être animal».
© Actuagri

«L’élevage n’est pas un mal, c’est un bien, à condition que l’animal puisse exprimer les comportements normaux de son espèce», a expliqué Francis Wolff, philosophe et professeur à l’Ecole normale supérieure, lors de la conclusion des Assises de l’élevage et de l’alimentation (Terre 2017) organisées à Rennes le 11 septembre par Ouest France. Car, poursuit le philosophe, «si on libère les animaux, certaines espèces ne seront jamais capables de survivre dans la nature, et celles qui sauront se réadapter souffriront de nouveau de faim, de soif, de douleur, de maladie».
L’homme a en effet un certain nombre d’obligations envers les animaux, en fonction des relations qu’il entretient avec eux : les animaux de compagnie nous donnent de l’affection, nous leur donnons la nôtre. Les animaux de rente nous donnent des œufs, du lait, du cuir, de la viande… nous devons en échange les protéger de la faim, du stress, des prédateurs ou du froid. C’est, pour le philosophe, la définition de la «bientraitance», expression qu’il préfère à celle de «bien-être animal», car si l’on peut difficilement juger si les animaux sont plus heureux, on peut en revanche vérifier que les éleveurs le sont et traitent bien leurs animaux.
Enfin, vis-à-vis des animaux sauvages, le devoir de l’homme est de protéger la biosphère, ce qui est aussi une condition nécessaire pour préserver l’avenir de l’humanité.

Un nouveau sens du mot animal
Cependant, les abolitionnistes, qui prônent la fin de l’élevage et la libération des animaux, ne font pas la distinction entre ces différentes relations, ni même, d’ailleurs, entre les différentes espèces. Pour Francis Wolff, ce courant de pensée s’explique par la fin des utopies révolutionnaires qu’ont connu les générations précédentes. «Ce sont des gens qui, en général, sont généreux», souligne le philosophe. «Pour les jeunes d’aujourd’hui, les vraies victimes, au bout de la chaîne de l’exploitation, ce ne sont plus les prolétaires, ce sont les animaux : vous rêvez d’un monde plus juste, eh bien vous voulez libérer les animaux !», développe-t-il. En ajoutant aussitôt : «c’est absurde !». Absurde, parce que premièrement, libérer les animaux de l’homme ne les libérera pas de la nature, et que les prédateurs ne s’allient pas avec les proies. Deuxièmement, parce que pour prôner la justice, il faut un étalon de mesure commune, or il est impossible de mesurer la justice entre espèces animales. «Comment comparer le stress d’un dauphin contraint à vivre en delphinarium, avec le plaisir qu’il va donner à des milliers de familles ?» demande ainsi le philosophe. Si le mouvement abolitionniste continue ainsi à monter en puissance, c’est aussi car le mot animal n’a plus le même sens aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales où les seules bêtes que connaissent les citadins sont les animaux de compagnie, élevés pour qu’ils ne fassent rien, et les images de bêtes en batterie diffusées à la télévision. C’est pourquoi Francis Wolff conseille avant tout de ne pas parler de l’animal en général, comme une catégorie unique et indifférenciée, alors que les relations que nous avons avec les animaux sont diverses. Et pour les éleveurs, cible régulière des anti-viande, ils doivent avant tout «comprendre leurs adversaires, et comprendre que le flambeau du bien-être animal, ce sont eux qui doivent le porter, car ce sont eux qui connaissent le mieux leurs bêtes», insiste-t-il. Avec davantage de prise de parole par la profession, «les vérités de vos élevages s’imposeront», conclut le philosophe, catégorique.

Rédaction Réussir

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