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"C'est une catastrophe…"

Pierre-Baptiste et Damien Ollier, éleveurs ovins à Chavaniac-Lafayette, voient leur troupeau de 1000 BMC décimé par une épidémie de FCO-8 particulièrement agressive. Témoignage.

FCO sur bovins : Tête enflée, muqueuses rouges, bave… des signes qui ne trompent pas.
Tête enflée, muqueuses rouges, bave… des signes qui ne trompent pas.
© © HLP

Il y a 15 jours, Pierre-Baptiste et Damien Ollier les deux frères associés du Gaec du Buis à Vernelle sur la commune de Chavaniac-Lafayette ont plongé dans l'horreur. Le 16 août au matin, alors que Damien était en congés, Pierre-Baptiste fait un tour dans ses parcs et découvre quelques brebis malades : "elles avaient la tête enflée, elles bavaient et avaient de la fièvre". Le lendemain et les jours suivants d'autres bêtes présentent les mêmes symptômes. Il a alors sorti les malades du troupeau et conduit ce lot de 140 brebis sur une parcelle d'altitude. Mais rien n'y fait… Au fil des jours, il recense d'autres cas. Tous les lots de brebis sont affectés, tous les secteurs de son exploitation sont concernés. Il a ainsi dû isoler une quarantaine de brebis par lots. Plus d'une centaine sont actuellement regroupées dans une bergerie qui fait office d'infirmerie. À ce jour (29 août), le Gaec compte 63 brebis mortes et 3 béliers.
Sur un troupeau de 1000 brebis mères, seul un lot de 350 brebis pleines et une cinquantaine de réformes, qui étaient en bergerie depuis fin juillet, sont aujourd'hui indemnes.
 

Tous les animaux en bergerie


Quand Damien rentre de vacances, il ne peut que constater l'ampleur de la crise et soutenir son frère pour essayer de limiter les dégâts. Pour enrayer le processus, les éleveurs ont tout essayé. Ils ont d'abord appelé leur vétérinaire, d'autres éleveurs, leur coopérative Copagno… Chacun donne des conseils, des pistes… Mais les moyens de lutte sont limités. Et pourtant il faut bien tenter quelque chose. Face à leurs animaux qui souffrent, Pierre-Baptiste et Damien se sentent impuissants. "Regardez, ces brebis qui pesaient dans les 75 kg, n'en pèsent plus que 50. Ce bélier a les muqueuses toutes rouges. Quand on touche nos bêtes, elles ont de la fièvre, elles sont chaudes. C'est un enfer". Démunis et au bord des larmes, ils découvrent chaque jour de nouvelles malades qui peuvent mourir en 2 ou 3 jours.
Malgré tout, ils essayent d'agir. D'abord ils ont rentré tous leurs animaux en bergerie. Pour soigner les malades ; ils leur donnent des anti-inflammatoires (Tolfine ou Metacam) : des médicaments pas toujours efficaces. Ils ajoutent une cure de vitamines dans l'eau pour booster l'immunité et des seaux à base d'ail en prévention pour limiter les piqûres par le moucheron. Des moyens de lutte qui semblent bien limités face à l'ampleur de la situation, mais ils n'ont pas le choix. "On entend tout et son contraire. Vacciner, pas vacciner, attendre… On ne sait plus". Dans les jours qui viennent, les frères Ollier vont vacciner leurs 120 agnelles et 350 gestantes. Ils disposent en effet de 500 doses de vaccin contre les sérotypes 1, 4 et 8, sachant qu'en Haute-Loire c'est le 8 qui sévit.
 

Des pertes inestimables


"C'est une catastrophe" lancent les deux jeunes éleveurs anéantis, qui se demandent comment ils vont pouvoir passer l'hiver et remonter la pente. Damien a déjà fait un rapide calcul : "Au-delà de la perte sèche des brebis mortes , on va perdre aussi de nombreux agneaux en janvier sur le lot de brebis qui étaient à la lutte actuellement…". Mais le compte n'y est pas. Le troupeau est inscrit à l'UPRA Blanche du Massif Central (BMC). La FCO va porter un coup d'arrêt à tout le travail conduit par ces sélectionneurs en termes de génétique. Il faudra, a minima, 2 ou 3 ans pour repartir sur les bases d'avant août 2024, et encore, si cette crise sanitaire s'arrête vite, ce qui est loin d'être gagné. Des pertes inestimables !
 

Un manque de communication


Autres conséquences, confinées en bergerie, les brebis ne devraient pas retourner à la pâture avant octobre, et les éleveurs devront alors récolter l'herbe pour éviter le gaspillage et nourrir leurs bêtes à l'auge. Pour essayer de récupérer quelques agneaux, ils envisagent de laisser les béliers plus longtemps avec les brebis, et peut-être avancer la lutte de certains lots. Des ajustements pour essayer de compenser les pertes.
Pierre-Baptiste et Damien estiment que cette crise aurait pu être évitée ou tout du moins contenue, avec une communication en amont plus musclée. 
"D'importants foyers de FCO-8 ont décimé des troupeaux en Aveyron et dans le Cantal ces deux dernières années, mais on n'a pas eu de vraies informations. Il y a quelques années, une campagne de vaccination obligatoire avait permis de limiter les effets de la FCO. Cette année, rien n'a été fait…".
Référent ovin au sein de Jeunes agriculteurs de Haute-Loire, Pierre-Baptiste attend l'ouverture d'une cellule de crise demandée par le syndicalisme avec l'administration pour apporter des solutions aux éleveurs, et ce au plus vite. 
Tout le département est touché, de très nombreux éleveurs sont dans la même situation que le Gaec du Buis. C'est pourquoi, la profession attend un fort soutien de l'État pour mettre en place des indemnisations pour les pertes et pour produire des vaccins en nombre pour tous les sérotypes. L'appel est lancé…
 

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