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Haies : cinq conseils pour se lancer sans se planter

Les haies apportent de multiples bénéfices aux territoires et aux parcelles agricoles à condition de bien les implanter et les entretenir. Exemples en situations de grandes cultures en Île-de-France et dans le Loir-et-Cher.

Les haies occupent le devant de la scène médiatique depuis quelques mois. La publication en avril du rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) sur l’accélération de la disparition des haies (- 20 000 km entre 2017 et 2021) a été suivie en septembre de la présentation du Pacte de la haie par le gouvernement, doté d’un budget de 110 millions d’euros par an. Ambition : atteindre 50 000 km de haies supplémentaires d’ici à 2030. Les financements permettent de se lancer – il faut compter au minimum 10 000 euros pour un kilomètre de haies – mais aligner les euros ne garantit pas la réussite de sa plantation. Aménagement, orientation, essences, sol, climat… plusieurs aspects sont à étudier avant de se lancer.

« Avant la plantation, nous allons chez l’agriculteur qui souhaite planter une haie afin de l’aider à définir ses objectifs et déterminer un aménagement en conséquence. Nous étudions les contraintes : laisser la place de manœuvre pour les machines, tenir compte des parcelles drainées, des lignes électriques, de l’exposition des parcelles au vent, du type de sol… », énumère Thomas Saint-Antonin, de la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher.

Prendre en compte le climat pour aménager sa haie

Les haies peuvent avoir des conséquences sur les rangs de culture proches, notamment en projetant de l’ombre. « Pour les agriculteurs qui veulent limiter cet effet, on peut choisir d’orienter les haies dans un sens Nord-Sud, remarque Sixtine Le Rasle, chargée d’étude biodiversité à la chambre d’agriculture d’Île-de-France. Mais d’autres pourront rechercher cette ombre dans des situations de microclimats et de sols asséchants, pour limiter l’évapotranspiration des cultures. »

L’effet brise-vent n’est pas à négliger. « Au printemps et en été, le vent peut avoir un effet asséchant sur les cultures, comme cela s’est produit au printemps 2023 avec un vent de Nord-Est qui a duré quelques semaines », met en avant Sixtine Le Rasle. Une haie multistrates, avec des grands arbres (alisier, tilleul, noyer…), une strate intermédiaire (charme, érable champêtre, poirier…) et des arbustes (noisetiers, bourdaine, aubépine…), remplira bien son office et apportera une protection aux cultures.

Le changement climatique est maintenant pris en compte dans la mise en place d’une haie. « Le choix se porte sur des essences locales mais on rajoute 10 % d’espèces plus adaptées au réchauffement et à la sécheresse dont on est sûr qu’elles seront encore présentes dans cinquante ans, commente Thomas Saint-Antonin. Par exemple, le chêne pédoncule local, qui commence à souffrir, est remplacé par une autre espèce, le chêne pubescent, originaire du Sud. »

Le type de sol à prendre en considération

En outre, le type de sol est à considérer pour choisir des essences adaptées à son terroir. « Par exemple, si l’on est en présence d’un sol argilo-calcaire superficiel séchant, on évitera le merisier, le noyer, le châtaignier et on se tournera plutôt vers des essences méditerranéennes comme le cormier », précise la spécialiste d’Île-de-France. De nombreux supports, accessibles en ligne, présentent les différentes essences possibles dans une zone géographique et le type de sol qui leur convient le mieux.

Trouver un équilibre en matière de biodiversité

Pour les agriculteurs qui souhaitent offrir un refuge à la petite faune sauvage, le choix des essences se portera sur des espèces produisant des petits fruits sur une période la plus longue possible dans l’année. Si l’on veut favoriser les insectes auxiliaires, on optera pour des essences assurant une production de fleurs étalée dans le temps et produisant un maximum de nectar et de pollen. « Attention à certaines variétés horticoles qui ne produisent plus de nectar, précise Sixtine Le Rasle. Le saule marsault, le noisetier et le cornouiller mâle ont comme avantage de fleurir très tôt, en février-mars, et pourront favoriser les auxiliaires à un moment où les ravageurs commencent à être présents dans les cultures. Châtaignier, troène et lierre ont une floraison tardive jusqu’en septembre. »

Revers de la médaille, les haies peuvent aussi favoriser des ravageurs. Pour Thomas Saint-Antonin, il n’y a pas d’essences à écarter vis-à-vis de cela : « On recherche des équilibres basés sur la biodiversité entre auxiliaires et ravageur en diversifiant au maximum les essences et strates de végétation qui produisent différents habitats ». Sixtine Le Rasle met en avant des espèces n’attirant que des pucerons qui leur sont spécifiques comme le sureau et le noisetier, sans impact sur les cultures. Ces pucerons alimenteront leurs prédateurs potentiels qui pourront alors jouer leur rôle d’auxiliaires sur les cultures proches. « On peut éviter d’autres essences attractives des pucerons des céréales tels que des prunelliers, pruniers, fusain, viorne obier… », souligne-t-elle.

Préparer le sol pour un bon enracinement des plants

Avant la plantation d’une haie, il est essentiel de préparer le sol : un décompactage en profondeur avec une sous-soleuse idéalement pour assurer le bon développement des racines des arbres, un émiettage et un affinage en surface en vue de faciliter la plantation, le tout en conditions de sol sec. « Pour le paillage, nous privilégierons la ressource à disposition chez l’agriculteur (paille, copeaux), présente Thomas Saint-Antonin. À défaut, on utilisera les films de paillage biodégradable de pépiniéristes. Quant à la protection des plants contre les dégâts de gibier, elle est obligatoire avec des gaines. Il ne faut pas lésiner là-dessus. »

Choyer la nouvelle plantation

Idéalement, la plantation se fera entre le 15 novembre et le 15 février et la taille est interdite entre le 16 mars et le 15 août dorénavant, pour ne pas déranger la nidification des oiseaux notamment. « En se lançant dans un projet de plantation, l’agriculteur doit avoir conscience qu’il devra consacrer plusieurs jours par an à l’entretien des haies pour en tirer les meilleurs bénéfices. C’est crucial, alerte Sixtine Le Rasle. Dès les premières années, il faut remplacer des protections, repailler en certains endroits, faire des tailles de formation des arbres et d’épaississement des arbustes. » Par ailleurs, un arrosage sera utile (avec une tonne à eau par exemple), voire indispensable en cas de sécheresse pour ne pas laisser dépérir les plants.

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