Sécheresse 2026 en Charente : « Après trois mauvaises années, mon exploitation n'a plus de trésorerie »
Frédéric Parthenay est producteur de grandes cultures à Puyreaux, en Charente. La sécheresse catastrophique et sans précédent de 2026 vient s’ajouter à trois campagnes déjà difficiles et hypothèque sérieusement l’avenir de son exploitation. Rien n’est encore décidé concernant l’assolement de la campagne 2026-2027.
Frédéric Parthenay est producteur de grandes cultures à Puyreaux, en Charente. La sécheresse catastrophique et sans précédent de 2026 vient s’ajouter à trois campagnes déjà difficiles et hypothèque sérieusement l’avenir de son exploitation. Rien n’est encore décidé concernant l’assolement de la campagne 2026-2027.
Sur les terres superficielles du nord de la Charente, le résultat de la campagne 2026 sur l’exploitation de Frédéric Parthenay est en fort recul. « Les rendements en blé tendre et orge d’hiver dépassent à peine 40 q/ha, soit 20 quintaux de moins que le résultat habituel. La féverole, elle, ne donnera que 3 q/ha. Mes 15 ha de maïs grain non irrigués ont été ensilés car ils auraient à peine fait 2 q/ha, contre 50 à 60 habituellement. »
Mais les pertes les plus lourdes concernent les 80 ha de tournesol, une culture dont la surface a augmenté cette année au détriment du maïs pour réduire l’irrigation. « Nous sommes en train de les récolter. Le rendement est de l’ordre de 7 q/ha, contre 20 habituellement. À 550 € la tonne, on perd 715 € de produit à l’hectare (sans oublier l’azote épandu), soit 57 200 € sur 80 ha. »
Peu de cultures ont résisté à la sécheresse
Quelques cultures font des rendements proches de la moyenne, mais elles ne permettront pas de sauver la campagne. « Le colza ne s’en sort pas trop mal avec 35 q/ha, soit le rendement habituel de l’exploitation, mais nous sommes déçus car la culture était très prometteuse avant l’arrivée de la chaleur en fin de cycle. » Le maïs pop-corn irrigué devrait, lui aussi, atteindre son rendement habituel ou presque.
Les résultats sont en revanche en demi-teinte en soja, car l’irrigation a dû être arrêtée précocement sur la moitié des surfaces. « Sur la partie dans les sables, il n’y a eu que trois tours d’eau car le rythme n’était pas tenable. On va faire 8 à 10 q/ha. Sur la partie argilo-calcaire, qui a eu huit tours d’eau de 35 mm, on va arriver à 35 q/ha. » Mais le désherbage a été compliqué en raison de la précocité de la culture. « C’est un peu sale et elle risque d’être déclassée pour l’alimentation humaine (contrat SojaSun). »
Quatre mauvaises récoltes ont vidé la trésorerie
Les mauvaises campagnes s’enchaînent depuis quatre ans avec pour conséquence une dégradation progressive de la trésorerie. « Il n’y a plus de trésorerie sur l’exploitation depuis un an et demi », énonce Frédéric Parthenay. Un prêt de trésorerie a été souscrit pour cette campagne. « Mais va-t-on parvenir à le rembourser ? », s’interroge l’exploitant, qui ne voit pas de solution à court terme : « Soit on crée une dette en espérant pouvoir la rembourser un jour, soit on plie boutique. Et si l’exploitation entre en redressement, on ne pourra plus accéder aux aides de l’État. »
Vendre du matériel, une solution à double-tranchant
L’exploitant évoque la possibilité de décapitaliser en vendant du matériel, même si l’EARL dispose de peu de matériel en propre. « Les charges de mécanisation ont été réduites au fil du temps : une partie est en Cuma et la majorité est en copropriété. Si je vends pour 50 000 € de matériel amorti, je vais dégager une plus-value, avec des cotisations MSA et des impôts à payer. Il sera en outre difficile de trouver des acheteurs dans le contexte actuel, puis de se rééquiper pour produire à nouveau. »
Côté foncier, la hausse des fermages pour 2026 (+ 3,2 %) est un autre sujet d’inquiétude, car une partie importante des terres est en location. « Cela va représenter une charge supplémentaire de 1 400 € pour l’exploitation. Certains propriétaires sont compréhensifs et tolèrent des retards de paiement, mais ce n’est malheureusement pas le cas de tous. »
Frédéric Parthenay considère que les charges sont désormais incompressibles sur son exploitation. « Nous avons beaucoup travaillé sur le plan technique pour améliorer nos résultats, les charges ont été réduites au maximum. » Pour lui, les prix des productions doivent être fixés en fonction des coûts de production et évoluer régulièrement afin de compenser la hausse des charges, qui ont explosé ces dernières années. Face à la hausse du coût du matériel et de tous les frais associés, notamment les frais de facturation, l’exploitant indique que tout matériel qui tombera en panne sera difficilement réparable.
Une assurance pénalisée par l’accumulation des faibles rendements
L’exploitant a souscrit une assurance multirisque climatique sur toutes ses cultures, qui va couvrir une partie de la perte, avec 25 % de franchise. « Le problème est que notre rendement de référence est faible depuis trois ou quatre ans en raison des mauvaises années qui s’accumulent. En tournesol, nous sommes à 10 à 12 q/ha de moyenne. En cas de perte, l’assurance va démarrer à 9 q/ha. À ce compte là, cela ne vaut plus la peine de semer. Au global, l’assurance va couvrir 300 à 400 €/ha, mais il va manquer 500 €/ha. »
Son assureur lui ayant annoncé une hausse de son contrat de 2 000 € pour couvrir 2026-2027, l’exploitant a décidé de ne pas le reconduire, ne pas la reconduire sans aménagement spécifique pour les zones à faibles potentiels.
Face à la crise, l’exploitant charentais attend des annonces fortes de l’État qui permettraient de passer ces années difficiles : des aides directes, un allègement de la fiscalité, une réduction de la fiscalité sur l’électricité et, surtout, un soutien de l’ensemble de la filière agricole, banques, assureurs, vendeurs de matériel…, avec la mise en place de mesures permettant d’alléger les charges des exploitations.
L’assolement 2026-2027 toujours en suspens
Si 50 ha de colza ont été semés en août, rien n’est pour l’instant décidé pour le reste des terres. « Aucun travail n’a été fait depuis la moisson. Il y aura sans doute une implantation de prairie sur une partie des terres dans l’objectif de couvrir les sols, mais pour le reste je ne sais pas si je vais semer des cultures à l’automne. »
Dans le contexte actuel, l’exploitant n’a pas de « culture miracle » en tête. « Les cultures de niche, on a déjà essayé. Et si tout le monde se met à faire du pois chiche ou de la lentille, les filières vont s’effondrer. Le sorgho a été essayé aussi, mais sans grand résultat chez nous. Et le soja est confronté à la même problématique que le maïs : il faut de l’eau. » À la question de la mise en jachère, Frédéric Parthenay considère que ce n’est pas une solution. Les aides PAC (DPB) sont très loin de couvrir les charges de l’exploitation et de plus cela revient à renoncer à la production sur ces terres.
Un renoncement très difficile à vivre
« C’est un crève-coeur d’envisager de ne pas mettre en valeur mes terres, mais, seul, je n’ai plus les moyens d’investir dans une nouvelle campagne, confie l’exploitant. Sans soutien dans le financement des avances aux cultures et la prise de risque engendrée, mon activité ne pourra pas se poursuivre. Et nous sommes très nombreux dans ce cas dans les zones intermédiaires. »
Dans l’immédiat, l’exploitant a pris un poste d’enseignant à mi-temps dans un CFPPA. Un travail qui lui permettra d’avoir un salaire fixe cette année, et de prendre du recul pour réfléchir à la suite. Au vu des difficultés, l’installation de son fils, actuellement salarié sur l’exploitation, est aujourd’hui remise en cause. « Il est plutôt question désormais de son licenciement », se désole celui qui avoue n’avoir jamais connu une telle situation en 26 ans de métier.