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Interview
« L’agriculture française est riche de sa diversité ; on ne le dit pas assez »

Xavier Beulin tout nouveau président de la FNSEA était l’invité du Congrès 2011 de la FDSEA de Haute-Loire jeudi 10 mars.

Xavier Beulin, président de la FNSEA était l’invité du 65e Congrès de la FDSEA 43.
Xavier Beulin, président de la FNSEA était l’invité du 65e Congrès de la FDSEA 43.
© HLP

Xavier Beulin, vous avez une image de céréalier. En Haute-Loire, nous sommes plutôt des éleveurs. Alors quel message la FNSEA veut faire passer auprès des éleveurs ?
Xavier Beulin : « Tout d'abord une précision, nous sommes 4 associés sur l'exploitation et nous avons aussi une production laitière, alors l'élevage ne m'est pas complètement inconnu.
La situation de l'élevage n'est pas brillante en ce moment. Le porc souffre particulièrement, les bovins à l'engraissement également parce qu'ils sont soumis à la hausse des cours des matières premières. La volaille est dans un cas un peu intermédiaire, parce que la plupart des grands opérateurs ont réussi à passer un certain nombre de hausse auprès de la distribution ; ça a donné un peu d'oxygène même si ce n'est pas suffisant. En revanche sur les autres secteurs, et notamment sur le lait, même si il y a un léger mieux depuis quelques mois, ça mérite d'être consolidé. Je rappelle aussi que si le lait a connu une progression sur la fin 2010, elle est entamée par l'augmentation du coût de l'énergie et du coût de l'aliment.
Je voudrais ajouter un autre élément, plus structurel. Le Ministère de la Consommation a donné des chiffres qui montrent que sur une dizaine d'années, le pouvoir d'achat des français a gagné 5% sur les dépenses alimentaires ; alors qu'en 2000, on dépensait 16 % de son budget pour l'alimentation, en 2010 on est tombé à 11 %, et dans ces 11 % il y a à peine 3 % de matières premières agricoles, tout le reste étant de l'emballage, du transport, du marketing, de la transformation… Nous sommes tombés à un niveau tel, que je pense que nous avons le devoir aujourd'hui de rechercher les voies et moyens de remettre de la valeur sur cette matière première agricole et, sans aller vers une inflation démesurée, il faut que le consommateur accepte de payer un juste prix pour son alimentation.

Quels sont les grands dossiers sur lesquels travaille la FNSEA à l'horizon 2013 ou 2015 ?
X.B. : À la FNSEA, on a ouvert plusieurs chantiers récemment. Je vais en citer 3. Le premier concerne les relations végétal/animal autrement dit comment faire en sorte qu'on raccourcisse les circuits d'une manière contractuelle, entre les producteurs de céréales ou oléagineux, les fabricants d'aliments et les utilisateurs de ces céréales. Ça peut nous faire gagner sur la logistique, le stockage, mais aussi sur les coûts d'intermédiation, et donc en compétitivité. Par ailleurs le secteur végétal réfléchit à un marché à terme des co-produits comme les tourteaux de colza ; l'idée étant, là-aussi, de donner de la lisibilité aux éleveurs. Dernière chose, nous allons aussi proposer aux éleveurs des tunnels de prix lissés sur une année par exemple ce qui pourrait permettre d'amortir ces excès de hausse de coûts. Alors on va pas s'affranchir du marché… L'idée est d'améliorer ces relations et de gagner en compétitivité.
Le deuxième chantier, qui fait son chemin, c'est l'idée de travailler sur une indexation du coût des matières premières dans le produit fini. Entre une baguette de pain, un yaourt ou une côte de boeuf, il n'y a pas la même valeur de matière première agricole dans le produit fini. Notre idée est de déterminer des indices par grandes familles de produits, qui seraient représentatifs de cette valeur, et à partir de là indexer ces indices au fur et à mesure de l'évolution du cours des matières premières. Nous avons fait cette proposition parce qu'avec une volatilité des prix qui atteint 20, 30, 40 voire 60 %, le modèle économique sur lequel nous étions jusque dans les années 2005/2006, ne peut plus aujourd'hui répondre à ce qui se passe sur les marchés, et on doit pouvoir être plus réactifs par rapport à cette volatilité.
Le troisième chantier que nous ouvrons fait écho au G20 que la France préside cette année. C'est la première fois que les grands dirigeants de ce monde vont se pencher sur la régulation des marchés des matières premières et en particulier des matières premières agricoles et alimentaires. La FNSEA va organiser et tenir, en juin prochain, à Paris, un événement qui va réunir des producteurs agricoles, des organisations professionnelles de quelques 150 pays, qui vont venir dire à ces dirigeants du G20, ce qu'ils attendent en matière de régulation, de co-développement, d'impact du réchauffement climatique, de ressource et de défi alimentaire… Nous allons porter une déclaration commune auprès des dirigeants réunis au G20.

Quelle est la politique de la FNSEA pour essayer de maintenir une agriculture partout sur le territoire français ?
X.B. : Nous nous efforçons, et moi le premier, à tordre le cou à des clichés que l'on véhicule à travers l'agriculture. L'agriculture française est riche de sa diversité. On ne le dit pas assez. On a trop souvent tendance à opposer les cultures à l'élevage, le nord et le sud, l'agriculture dite conventionnelle avec le bio, les circuits courts avec les filières plus longues… Tout cela n'a pas de sens. Ce qu'il faut regarder c'est comment s'exprime la demande de nos concitoyens, des consommateurs. Or cette demande est diverse, c'est une espèce de patchwork. Le consommateur veut une alimentation de qualité, sécurisée sur le plan sanitaire, diversifiée mais pas chère… tout au long de la semaine. Mais sa demande peut être différente le week-end ou pour des occasions particulières, et il veut trouver autre chose. La grande chance de l'agriculture française c'est de pouvoir répondre à tous ces segments de la demande. A nous de nous organiser pour répondre au mieux aux consommateurs. Et on voit bien que certains territoires où des agriculteurs ont fait le choix de la proximité avec les consommateurs, d'une valorisation directe de leurs produits, d'une recherche d'une plus grande valeur ajoutée… sont dans des systèmes parfaitement viables, et économiquement très intéressants. Mais pour autant, on sait très bien qu'on ne pourra pas bâtir demain, une agriculture uniquement sur ce modèle là. Inversement, l'agriculture conventionnelle même si elle représente l'essentiel de la production agricole française, doit aussi regarder vers d'autres schémas. En agriculture biologique par exemple, on n'est plus dans une démarche idéologique des années 60/80. L'agriculteur biologique est aussi un acteur économique ; c'est à nous aussi de favoriser les conditions d'une filière performance, efficace, efficiente… Le combat que nous menons, c'est de faire en sorte que pour tout agriculteur, tout territoire, toute forme d'agriculture, chacun tire son épingle du jeu et tire un revenu de son activité.

Pensez-vous que toutes les agricultures ont leur place et surtout ont un avenir ?
X.B. : Quand on voit les défis alimentaires des 10,15, 20 prochaines années, je vous assure qu'il n'y a pas de questions à se poser sur le rôle de l'agriculture demain. Je dis partout, et c'est une conviction forte, que les grands pays qui auront voix au chapitre sur la scène internationale, seront les pays qui auront une agriculture puissante. C'est pour moi une évidence. 9 milliards d'individus à nourrir, des problèmes énergétiques majeurs à venir, des problèmes en terme de rapport à l'eau, au foncier, au ressources naturelles… à toutes ces questions l'agriculture peut répondre, et l'agriculture française en particulier. C'est ce qui me fait dire que quand on se bat à Bruxelles pour maintenir certains dispositifs particuliers - je vais en citer 2 : les zones à handicaps naturels et des productions types ovins ou cheptel allaitant - nous considérons à la FNSEA, que ce sont des secteurs qui doivent être prioritairement traités en terme de soutiens spécifiques. Nous allons revendiquer, dans le cadre de la future PAC 2013, le maintien d'une aide couplée ovins et bovins allaitants, et le maintien de soutiens spécifiques pour les zones à handicaps naturels, les zones de montagne bien sûr mais aussi les zones défavorisées.  Et je vais me battre là dessus, parce que si nous voulons garder une activité agricole sur ces territoires dans un espace économique qui est de plus en plus concurrentiel, cela suppose que nous acceptions de faire un différentiel de traitement en terme de soutiens. Et il y a pas à en avoir honte, ça fait partie des règles socio-économiques sur lesquelles nous devons travailler. Que serait la Haute-Loire sans ses 200 ou 250 milles bovins et ses 120 000 ovins… C'est inimaginable. Que serait alors le tourisme dans la région, que serait l'équilibre entre les chefs-lieux de cantons ou d'arrondissement et le reste du milieu rural ?

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