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Irriguer plus de surfaces agricoles avec autant d’eau : comment relever le défi ?

Le plan Eau du gouvernement devrait se traduire pour le secteur agricole par une baisse de consommation d’eau à l’hectare pour l’irrigation, rapporte le cabinet du ministère de l’Agriculture. Parmi les leviers actionnés par l’Etat pour relever ce défi : la hausse de la redevance sur les prélèvements en eau.

Irrigation d’orge dans le sud de l’Essonne
Annoncé au printemps 2023, le plan Eau prévoit une baisse de 10% des prélèvements en eau, tous secteurs confondus à l’horizon 2030 et une stabilité pour l’agriculture au niveau national.
© Christian Gloria

« La ressource en eau va se raréfier et va impacter les productions agricoles. Plus de surfaces vont devoir être irriguées pour maintenir l’activité agricole et la souveraineté alimentaire. Dans le même temps il va falloir faire des économies d’eau via des investissements en hydrologie agricole », a déclaré en substance le ministre de l’Agriculture le 7 novembre lors d’une réunion des ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique avec les agences de l’eau dans le cadre du Plan eau

Pour résumer : « les nouveaux besoins en eau vont devoir être compensés par une baisse de la consommation à l’hectare en gagnant en efficience », rapporte le cabinet de Marc Fesneau.

Annoncé au printemps 2023, le plan Eau prévoit une baisse de 10% des prélèvements en eau, tous secteurs confondus à l’horizon 2030 et une stabilité pour l’agriculture au niveau national.

Concrètement comment atteindre cet objectif de stabilité de la consommation en eau alors que les besoins en eau augmentent ?

Relire : Plan Eau : quelles mesures pour l’agriculture ? 

 

Les comités de bassins préparent leurs déclinaisons locales

Les comités de bassins sont actuellement en cours d’élaboration de leurs déclinaisons de cet objectif de 10% qu’ils devraient finaliser d’ici fin 2023, selon le cabinet de Sarah El Hairy. Chaque bassin a pris en compte l’objectif de baisser à son niveau de 10% ses consommation d’eau. « Ils travaillent sur la déclinaison entre catégories d’usagers, les présidents des comités de bassin ont abouti sur la répartition spécifique sur leur territoire », avance le cabinet de Sarah El Hairy. 

Voir tous nos articles sur l’irrigation 

« Le 0% agricole ce n’est pas de l’inaction »

« Le 0% agricole ce n’est pas de l’inaction », selon le cabinet de l’Agriculture. « Bien au contraire : c’est une double-action ! C’est la réduction des usages là où on consomme déjà par de l’efficience et de l’adaptation (modernisation des systèmes d’irrigation et évolution des pratiques culturales), et c’est de l’investissement pour adapter les autres territoires qui avaient suffisamment d’eau jusqu’à maintenant mais qui se retrouvent désormais en difficulté ».

 

Hausse de la redevance pour prélèvement d’eau

Pour financer les nouveaux besoins, les agences de l’eau vont bénéficier de 475 millions d’euros supplémentaires par an. Un budget financé par la hausse de la redevance pour le prélèvement d’eau et de la redevance sur les pollutions diffuses. L’agriculture devrait y contribuer à hauteur de 47 millions d’euros dont 37 millions d’euros provenant de l’augmentation de la redevance pour pollutions diffuses.

Une redevance irrigation en hausse de 10 millions d’euros

« Sur l’augmentation de la redevance irrigation, le gouvernement fixe un objectif de 10 M€ », indique le cabinet de Marc Fesneau. « C’est un objectif, c’est aussi un plafond. Il n’y a en France que 58 000 irrigants. Parmi eux de nombreux arboriculteurs, producteurs de légumineuses et agriculteurs bios qui sont des secteurs déjà en difficulté et qu’il faut accompagner pour assurer notre souveraineté alimentaire et la transition agroécologique. 200 ou 300 %, d’augmentation ce n’est ni acceptable, ni supportable » poursuit le cabinet. « Il y a un travail fin à faire au niveau des comités de bassin pour ne pas mettre d’exploitations agricoles en difficultés financières ».

Lire aussi : GNR, pesticides, irrigation : les agriculteurs davantage taxés en 2024 

 

Un fonds hydraulique à 30 millions d’euros

Annoncé dans le cadre du plan Eau, un fonds hydraulique doit être créé et abondé à hauteur de 30 M€. Le ministère de l’Agriculture en assurera le pilotage. Son utilisation ? « Le régime d’aide est en cours de notification à la Commission européenne, mais il devrait financer des démarches opérationnelles visant à améliorer l’efficacité des réseaux hydrauliques, développer les projets de réserves de substitution, l’optimisation du partage de l’eau et l’aide à l’économie d’eau », précise le cabinet de Marc Fesneau. 

 

Décret imminent que la réutilisation des eaux usées

Autre moyen pour relever l’objectif de sobriété sur l’eau : la réutilisation des eaux usées en agriculture. Un premier décret visant à valoriser les eaux usées a été publié fin août et un second est attendu depuis des semaines plus spécifiquement sur l’irrigation. « Il est au parapheur des ministres, le décret va sortir de manière imminente » promet le cabinet du ministre de l’Agriculture.

 

Quelle stratégie du gouvernement pour les réserves de substitution ?

Concernant le sujet contesté des réserves de substitution (qualifiées de mégabassines par leurs détracteurs) servant à stocker l’eau l’hiver pour l’utiliser l’été, le gouvernement a précisé lors de la réunion avec les agences de l’eau sa ligne.

« Si certaines réserves de substitution sont illégales, elles seront démontées. Les décisions de justice seront respectées. Là où les recours ont été purgés, dans le cadre de PGTE, avec autorisation, l’Etat là aussi s’assurera que les décisions de justice soient respectées. Nous sommes dans un état de droit », résume en substances le cabinet de Marc Fesneau.

 

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